Camp neuf, chaine de paiements, officiers… la nouvelle armée somalienne prend corps

La nouvelle armée somalienne, en cours de structuration, pourrait avoir un camp digne de ce nom à Mogasdiscio. Il était temps ! Il n’y avait jusqu’ici que quelques bâches, une cuve et de l’eau en plein soleil, dans lequel on n’oserait même pas se laver, explique un expert européen. Au nouveau Al Jazeera Camp, construit près de la mer, il y aura des cuisines et des sanitaires dignes de ce nom. Un accès sécurisé (avec murs, fossé et grillage…) est en construction permettant de relier ce camp à l’aéroport et au QG de l’AMISOM, avec un point d’accès sécurisé, hors de distance des mortiers.

Refonte de la chaine de paiement

Quant à la chaine de paiement, le nerf de la guerre, elle est aussi en passe d’etre revue. Là aussi c’est nécessaire. Aujourd’hui, les soldes sont payées par les Etats-Unis et l’Italie « sur des listes établies par GFT, sans donc trop de contrôle ». Et selon les interlocuteurs, « les chiffres de l’armée somalienne varient de 3.500 à 10.000 hommes » ! Une base de données biométrique, sécurisée, va etre désormais utilisée pour le paiement. Financée par les Etats-Unis, elle est en cours de réalisation par une société privée britannique. Le nouveau système de paiement sera mis en place décembre. La nouvelle base de données sera d’abord nourrie avec les soldats somaliens du GFT formés par l’Union européenne à Bihanga. Au fur et à mesure du travail d’identification supplémentaire fait par Amisom, seront entrés les autres soldats du GFT, après screening par les autorités US ; seuls les soldats reconnus par ces trois interlocuteurs seront incorporés. Il faut préciser que le vetting déjà réalisé sur les contingents en formation à Bihanga par les Américains a été scrupuleux, plusieurs recrues ont ainsi été éliminées au départ (ce processus dure 3 semaines, sur place et à Washington ; les différents services américains disposant de plusieurs listes à vérifier, terrorisme…).

Pendant ce temps… la formation continue

A Bihanga (Ouganda), pendant ce temps, la formation du premier contingent de soldats somaliens continue par la mission européenne EUTM Somalia est en passe de terminer. La première vague de formation des sous-officiers – s’est terminée début septembre. Suivie par 192 recrues, elle a couvert la topographie, les armes, la tactique, les différentes techniques et procédures. Le tout accompagné d’un cours sur le droit international des conflits et les structures du GFT, et une semaine d’entrainement, intensif, en guérilla en zone urbaine, permettant de devenir un « parfait » chef de section. Sur ces 192 recrues, une petite vingtaine (21 exactement) ont été sélectionnés pour suivre la formation d’officier junior.

« La formation est d’une intensité rare, peu vécue par les Européens » témoigne un des responsables européens. « Et le taux d’attrition (désertion) est étonnament faible ». Il est vrai qu’au fin fond de l’Ouganda, c’est un peu plus difficile qu’en Somalie. Mais tout de meme… on est en-dessous des taux européens. Pour autant ce n’est pas très évident. « Nous avons affaire à des personnes qui ne sont pas structurées pour etre soldats. Les premiers temps n’ont pas été faciles », semble-t-il. Et les chambrées organisées de façon à mixer les ethnies « se sont très vite réorganisées de manière clanique », précise cet expert. « Il y a ainsi tout un apprentissage à vivre ensemble qui est nécessaire ».

La réintégration aura lieu au même endroit que la sélection de départ, assurée par l’AMISOM, sur place en Somalie. Les forces de paix africaines disposent pour cela d’un financement européen de 2,7 millions d’euros (en plus des autres financements attribués).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).