Révision stratégique : les 11 priorités britanniques pour l’UE

David Cameron au QG d'opérations britannique à Northwood (crédit : gouvernement UK)

Le document de révision de la stratégie britannique (19,75 £ dans toutes les bonnes librairies ou à télécharger ici) que vient de publier le gouvernement britannique, vaut une lecture attentive.

Si on a beaucoup parlé des coupes budgétaires (1), le chapitre « alliances et partenariats » de cette oeuvre intitulée « Securing Britain in an Age of Uncertainty » mérite aussi un aperçu, car il concerne les relations de la Grande île avec l’UE et l’OTAN. Les engagements sont précis et les conditions, souvent claires. Le § sur les opérations militaires de défense (ou le Royaume-Uni pose ses conditions) ou l’engagement britannique dans Atalanta mérite le détour…

L’Union européenne reste une « part clé de l’engagement international » du Royaume-Uni « pour promouvoir la sécurité et la prospérité dans le voisinage européen« . L’envolée lyrique est de mise à ce moment. « The common security interests of the member states are served when they use their collective weight in the world to promote their shared interests and values including on major foreign policy security concerns. The EU’s ability to integrate civilian and military responses coherently will become increasingly important ».

Sur l’UE, les priorités britanniques se déroulent ainsi (dans l’ordre d’apparition !) :

  • soutenir l’élargissement : l’UE doit « honorer son engagement à la Turquie et aux autres pays des Balkans » afin qu’ils puissent (la) rejoindre quand ils remplissent les critères déterminés ;
  • s’assurer que le service d’action extérieur de l’UE met un « accent particulier à la prévention des conflits et au développement des partenariats avec l’ONU et l’OTAN » ;
  • soutenir les missions de l’UE, qu’elles soient militaires ou civiles. Le Royaume-Uni y met quatre conditions. Les missions doivent : 1° être « dans l’intérêt national du Royaume-Uni, 2° offrir « un apport coût-qualité, 3° avoir « de clairs objectifs, et 4° pour les missions militaires, « seulement s’il est clair que l’OTAN n’a pas planifié d’intervenir » ;
  • « continuer de soutenir l’opération européenne anti-piraterie Atalanta« , les Britanniques s’engagent à fournir « une frégate pour la période du début 2011 » ainsi que « le QG de Northwood jusqu’à la fin du mandat actuel en décembre 2012 » ;
  • persuader les autres Etats membres « d’investir dans des capacités militaires et civiles, nationales plutôt qu’investir dans les batiments des institutions et la bureaucratie » (NB : pour savoir qui cela vise, le concours est ouvert :-)) ;
  • veiller à ce que les accords UE de protection civile « se concentrent sur l’évaluation des risques partagés et la prévention, la coordination de l’assistance mutuelle, et la surveillance maximale des infrastructures critiques » (NB : autrement dit la coordination de la réponse de crises, ce n’est pas trop la tasse de thé à Londres).

D’autres priorités sont également mentionnées :

  • la stratégie Energie 2011-2020 pour augmenter la sécurité énergétique européenne ;
  • utiliser le programme de coopération UE/US pour décourager le financement des actes terroristes ;
  • garantir des résultats pratiques sur le pacte anti-drogues de l’UE, en encourageant une plus grande coopération dans les pays d’origine ou de transit de la drogue ;
  • s’assurer que le nouveau budget européen (cadre financier 2014-2020) aura comme objectif le financement des défis-clés de sécurité auxquels doit faire face l’UE ;
  • faire une contribution efficace à l’agence Frontex de surveillance des frontières.

Avant l’UE, il y a l’OTAN, partenariat logique pour les Britanniques, qui dressent leurs priorités:

  • s’assurer que l’OTAN a la volonté et capacité politique pour répondre aux menaces actuelles et futures où qu’elles surviennent, en partageant les risques et les responsabilités équitablement (NB : une antienne britannique) ;
  • terminer la mission en Afghanistan, avec succès (« successfully complete the mission of the NATO-led International Security Assistance Force in Afghanistan to help build the authority and influence of the Government of Afghanistan  and pave the way for reconstruction and effective governance ») ;
  • continuer à soutenir la génération des compétences et des capacités qui permettent aux Alliés de travailler ensemble sur les opérations, y compris avec les partenaires non membres de l’OTAN (« continue to support the generation of those skills and capabilities which allow the Allies to work together on operations, including, as appropriate, with non-NATO partnersprevention and developing partnershipswith the UN and NATO ») ;
  • la réponse aux nouveaux types de menaces comme les cyber-attaques (« recognise the importance of NATO’s wider security role in responding to new types of threat such as those from cyber attack, including by supporting a renewed emphasis on consultation under Article IV of the Washington Treaty ») ;
  • la réforme et la rationalisation de l’OTAN (« continue to reform NATO, including by improving how its headquarters work, rationalising NATO Agencies, and by developing will be the agreement and implementation of its new Strategic Concept which will set out its enduring purpose, its fundamental security tasks and guidance to Allies »).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).