La Serbie dans le concert européen ?

Si les ministres chargés des Affaires européennes de l’UE acceptent, lundi, de transmettre à la Commission européenne la demande d’adhésion, la Serbie pourrait rejoindre le rang des aspirants candidats à l’Union européenne. Ce qui lance la procédure d’élargissement. En général, après ce “feu vert”, l’adhésion est dans la ligne de mire… sauf accident. Il faudra sans doute plusieurs années de négociation, accompagnée (c’est une règle) de tensions ou portes claquées de part et d’autre, pour qu’elle devienne effective. Mais à Bruxelles, personne ne doute que la Serbie aura droit à s’asseoir à la table européenne d’ici une demi-douzaine d’années (le temps moyen d’une négociation).

26 contre 1

Reste une opposition : celle des Pays-Bas. La 2e chambre a ainsi voté, mercredi dernier, une motion qui prévoit que « Les Pays-Bas ne doivent approuver la poursuite de la procédure d’adhésion de la Serbie à l’UE que lorsque ce pays coopèrera pleinement avec le Tribunal pénal international de La Haye ». Mais même à La Haye, on semble peu croire au report de la recommandation de la Commission. Les Pays-Bas jouent à 26 contre 1 et sont « isolés » sur la question, et le nouveau gouvernement vient à peine d’être intronisé.

Le pari serbe en passe de réussir

Même s’il reste miné par une certaine corruption, et par la question du passé des guerres yougoslaves, l’Etat serbe est un des plus structurés de la région. Et il pourrait avancer assez rapidement dans les différents chapitres de négociation. Du moins plus vite que ses voisins : Montenegro, Macédoine ou Albanie. Son poids politique est nécessaire au processus de stabilisation entamé depuis une quinzaine d’années (depuis les accords de Dayton-Paris en fait). Et ses 8 millions d’habitants de la Serbie font de ce pays, le plus important de la région (avec la Grèce au sud et l’Autriche au nord). Ce faisant la Serbie aura réussi son pari : rejoindre le concert européen dans la foulée de l’adhésion de la Croatie qui, elle, est en fin de parcours. Une fois l’adhésion de la Croatie (et de l’Islande) avalée, l’UE se prépare ainsi un huitième élargissement qui pourrait comprendre : Serbie, Macédoine (une fois la question du nom réglée avec la Grèce) et Monténégro.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).