Georgieva avance de nouvelles idées : le CERU, un centre européen de réponse d’urgence

Georgieva sur les lieux de la catastrophe d'Ajka (Hongrie) des "boues rouges" (crédit : Commission européenne)

Elle l’avait promis. Elle l’a fait… la Commissaire européenne chargée de la coopération internationale, de l’aide humanitaire et de la réponse de crises, Kristalina Georgieva, présente, mardi (à midi), une communication sur le sujet. « C’est la première étape dans une réponse européenne renforcée face aux crises, qu’il s’agisse d’une réponse en termes d’aide humanitaire ou de protection civile » explique un expert du dossier. Une proposition législative va être faite en 2011. Elle pourra être complétée, au besoin avec la définition de la nouvelle clause de solidarité (versus Traité de Lisbonne), la mise en place du service diplomatique ou la révision de la stratégie européenne de sécurité.

L’objectif n’est pas de créer de nouvelles capacités mais de renforcer les capacités existantes de faciliter la mise en commun (« pooling ») et la coordination des différents moyens des Etats membres. Le nombre de catastrophes naturelles et technologiques augmente, ainsi que leur intensité, estime-t-on à la Commission européenne. Il a quintuplé en 35 ans : de 78 par an en 1975 à environ 400 aujourd’hui. Il est donc nécessaire d’adapter la réponse.

Un Centre européen de réponse d’urgence (CERU)

Elément phare de la communication : la mise en place d’un centre européen de réponse d’urgence ou CERU sous son accronyme français. Il regroupera l’expertise et l’information de la protection civile et de l’aide humanitaire dans un « véritable  centre de réponses de crises » permanent 24h/24. Il aura pour fonction d’assurer la veille, l’alerte et la réponse de crises et sera responsable de la coordination de l’aide européenne, quelle que soit la crise. En cas de catastrophe hors de l’UE, c’est ce centre qui aura pour responsabilité de réunir tous les moyens disponibles européens, d’assurer leur cohérence, ainsi que la liaison avec les Nations-Unies.

Une préplanification des moyens

C’est l’autre élément clé de la stratégie Georgieva : se  préparer à l’avance. Le dispositif actuel de protection civile repose sur une assistance ad hoc offerte quand survient un sinistre. L’objectif est d’avoir des engagements prédéfinis de moyens de secours de catastrophes et des plans d’urgence agréés par avance. Cette planification avancée (comme en matière de défense) ne signifie pas que les moyens sont gérés au niveau européen. Ils restent sous l’entière responsabilité et autorité des Etats membres quand ils ne sont pas utilisés pour les opérations européennes. Dans certains cas, on pourrat cependant envisager d’avoir des ressources « prépositionnées de façon stratégique ». Ce qui permettrait d’accélérer la réponse. Autre action envisagée : simplifier et renforcer la « mise en commun et le financement des moyens de transport et de logistique ».

A coté de la force européenne de protection civile, envisagée par certains Etats membres et proposée par le rapport « Barnier » de 2006, on pourrait juger cette communication timide. Ce serait se tromper. La commissaire Georgieva a compris que forcer dans ce sens n’aboutirait qu’à « braquer » un peu plus certains Etats membres qui n’hésiteront pas à mettre leur veto ensuite. La stratégie suivie est plutot celle des petits pas : d’abord mieux coordonner les moyens de la Commission européenne et les articuler avec les moyens des Etats membres, et ensuite voir les pas supplémentaires qui pourront etre franchis. Gageons que les évènements qui pourraient survenir pourraient faire sauter le pas à des Etats réticents. La commissaire peut compter sur deux nouveaux alliés : la Hongrie et la Pologne qui, chacun, viennent de subir des catastrophes (inondations pour les deux, boues rouges pour le second) et entendent bien améliorer la réponse européenne. Deux pays qui auront la présidence européenne en 2011.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).