Anti-Missiles : Hervé Morin dénonce une nouvelle « ligne Maginot »

réunion des ministres de la Défense. Crédit : OTAN

(Evere, siège de l’OTAN) Devant quelques journalistes, en marge la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN à Bruxelles, le ministre français Hervé Morin a exprimé des « réserves » sur la future défense anti-missiles proposée par le secrétaire général de l’Alliance F.A. Rasmussen (1). Et quand on dit « réserves« , le mot est assez… diplomatique. C’est plutôt à un véritable tir de barrages auxquels on a assisté.

« Nous sommes dans le flou – explique Hervé Morin -. Combien cela va couter réellement ? Quelle est la menace exacte ? Qui est visé ? Quelle est notre capacité à répondre à ses menaces ?… Nous avons beaucoup d’incertitudes. Et ce sentiment est partagé par nombre de Ministres autour de la table« . Pour le ministre français, le projet de défense anti-missiles est dangereux à plus d’un titre. « On va donner un peu plus le sentiment aux Européens qu’ils n’ont pas besoin de financer la défense. Or, le meilleur moyen d’assurer sa sécurité, c‘est d’avoir les moyens budgétaires d’assurer sa sécurité ».

Le Ministre craint ainsi le coût d’un tel dispositif, et le dérapage possible, qui va prendre des ressources précieuses à un moment où elles deviennent rares. « Cela vient impacter le budget actuel et nos budgets futurs alors que ce que l’on a besoin, ce sont des moyens classiques (du transport, …) »

Une nouvelle ligne Maginot électronique

En fait, résume-t-il « c’est la même problématique que pour la ligne Maginot. On croit se protéger de l’apocalypse. Or, le meilleur moyen de se protéger est de se faire respecter. » « Face à une menace, nucléaire, le meilleur moyen reste la dissuasion (nucléaire)« , souligne Hervé Morin qui confirme la doctrine française de la dissuasion nucléaire. « La défense antimissile peut être un complément mais sûrement pas un substitut à la dissuasion ». Au passage, il a d’ailleurs tenu à démentir toute différence de vue avec son collègue allemand Karl-Theodor zu Gutenberg. 

Enfin, pour le ministre français, il ne peut y avoir de défense anti-missiles « sans dialogue avec la Russie. On ne peut construire un espace de paix sans discussions avec les Russes. Et ce dialogue doit être nourri » ajoute-t-il.

Bref, une ligne Maginot électronique, très belle, couteuse mais qui sera dépassée aussitôt que mise en place…

(1) Lire : L’approche « totale » selon Rasmussen. Et la coopération OTAN-UE…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).