Alerte au terrorisme : l’aveu d’un échec de la stratégie actuelle sur l’Afghanistan

(BRUXELLES2) (Analyse) L’alerte terroriste venant de Washington, et l’écho exceptionnel qui lui a été donné hier à la réunion des ministres de l’Intérieur à Luxembourg (1), sonne également le commencement d’un aveu d’un échec : celui de l’intervention en Afghanistan, du moins de la stratégie actuellement poursuivie par l’OTAN. Et un recentrage doit sans doute être recherché.

L’Europe toujours sous la menace du terrorisme afghan… comme en 2001 !

L’opération, à l’origine (en 2001), avait d’ailleurs pour but de détruire un foyer de terrorisme : celui de Ben Laden. Et les moyens employés étaient de cet ordre (argent, forces de la CIA, …). Ensuite cela a dérivé vers une opération proprement militaire dont l’objectif initial s’est perdu parmi d’autres (sauvegarde de l’Etat afghan, lutte contre la drogue, préservation de la population, construction d’un Etat de droit…). Or, non seulement le foyer de terrorisme semble perdurer en Afghanistan. Et Ben Laden, mort ou vif, toujours insaisissable. Mais, en plus, il semble se développer en continuant d’attirer des Européens, prêts à aller s’entraîner et revenir commettre des attentats. Cela signifie donc que, au contraire de diminuer le risque de terrorisme, l’intervention militaire l’augmente, offrant aux extrêmistes de tous poils non seulement un terrain d’entraînement mais aussi une raison d’agir. Il paraît donc temps de changer radicalement de stratégie sur plusieurs plans.

Un recentrage est nécessaire

Il faut revenir à l’essence de l’intervention en Afghanistan : une opération anti-terroriste, en revenant à davantage à des moyens policiers, de toutes natures, plutôt qu’à des moyens militaires surdimensionnés. Parallèlement, il faut doter les forces policières d’unités d’élite spécialement formés au risque islamique. Cela signifie également qu’il faut aller vers davantage d’intégration des personnes de différentes confessions en Europe, particulièrement les Musulmans. Enfin, il importe de mettre l’accent sur le règlement du conflit israélo-palestinien qui nourrit immanquablement un certain prosélytisme arabe ou musulman. Bref, il faut remettre à plat toute la stratégie suivie depuis quelques années… S’il y a un message subliminal à cettte alerte venue de Washington, il est peut-être là (en ajoutant également une pincée de rivalité, jamais éteinte entre forces de la CIA et Pentagone).

(1) Lire : Alerte au terrorisme : les USA s’invitent à la réunion de l’UE, le SitCen renforcé

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).