Le commandement aérien EATC inauguré à Eindhoven

Cérémonie d’inauguration à Eindhoven (crédit photo : Ministère néerlandais de la Défense)

(BRUXELLES2) Un saut de parachutes, avec drapeau des participants, un vol d’un C130 Hercules, d’un C160 et même… d’un Airbus A400M, un parterre de 200 officiers supérieurs, plusieurs ministres… le gouvernement néerlandais n’aura rien négligé pour ouvrir, en fanfare (au propre comme au figuré), le nouveau “European Air Transport Command” (commandement de transport aérien européen) sur l’aéroport d’Eindhoven (Pays-Bas) le 1er septembre (1).

Pour le ministre de la Défense néerlandais, Eimert van Middelkoop, qui présidait la cérémonie, avec l’EATC, les avions de transport et de ravitaillement des Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne et la France seront “désormais sous un seul commandement“. Cette fusion devrait permettre “une meilleure coordination et une meilleure efficacité de plus de 200 avions militaires“. Tous ne seront pas basés à Eindhoven. Ils opéreront à partir de leur base habituelle dans les différents aéroports en Europe … ou ailleurs. Ce commandement vise aussi à “l’élaboration d’une doctrine commune d’entraînement et de formation“, tout comme à s’entendre sur des normes standard et de maintenance de la flotte.

L’Airbus A400M en survol sur la base d’Eindhoven. Crédit photo : Luftwaffe / Peter Müller

Ce nouveau dispositif répond aux Headlines goals d’Helsinki visant à renforcer la “capacité de l’UE à déployer à bref délai, en réaction à une crise, des groupements de forces, en tant que force autonome ou en tant que composante d’une opération de grande envergure“.

Il s’agit de l’ouverture d’une nouvelle collaboration militaire en Europe dans la mesure où les pays participants vont supprimer une partie de leurs structures existantes et déléguer leurs compétences respectives à un commandement unique partagé” précise une note interne à EATC.

Composition de la flotte, du personnel et clé budgétaire

La flotte contrôlée par EACT comprendra : 29 avions C-130 Hercules (belges, français, allemands, néerlandais), 135 avions Transall C-160 (français et allemand), 19 CASA 235, 10 Airbus A-310, 2 Airbus A340, 2 avions KDC-10 (néerlandais), 1 DC-10 et 20 avions VIP (comme les Gulfstream IV néerlandais). A terme, il devrait aussi comprend des Airbus A400M (une fois qu’ils seront livrés aux forces armées). Au niveau des nationalités, il y aura 80 avions allemands, 60 avions français, 20 avions belges (l’ensemble de la flotte belge), 10 avions néerlandais.

Le General Both et le Ministre van Middelkoop (Crédit photo: Luftwaffe/Peter Müller)

L’EATC sera dirigé par le général allemand Jochen Both. Du moins pour commencer. Car le commandement sera assuré en alternance par Français et Allemands.

L’équipe de l’EATC, une fois au complet, d’environ 150 personnels militaires, venus des quatre pays “fondateurs” (65 Allemands, 45 Français, 25 Néerlandais, 20 Belges). D’autres pays européens — comme “l’Espagne et le Luxembourg, seraient intéressés à participer à l’EATC” a précisé le Ministre.

La capacité opérationnelle initiale est prévue pour le mois de décembre 2010, au plus tard ; la capacité opérationnelle complète d’ici juillet 2013.

Le financement sera assuré par les Etats membres participant selon une clé de répartition budgétaire fixée à : 38% pour l’Allemagne, 35% pour la France, 14% pour les Pays-Bas, 13% pour la Belgique. La charge d’accueillir les personnels d’EATC est assurée par les Pays-Bas, notamment pour faciliter l’accès aux logements civils pour les familles (quelques logements pourront être ouverts sur la base aérienne d’Eindhoven, à titre temporaire). En revanche, la Commission européenne a – semble-t-il refusé d’accueillir les enfants des militaires – à l’école européenne de Mol, distante de 50 kms.

Commentaire : un outil pour la réaction de crise, civile comme militaire

On peut remarquer que, avec l’EATC, l’Europe dispose d’une capacité nouvelle de réaction de crise, qu’il s’agisse d’une opération proprement militaire, de maintien de la paix ou d’une mission plus civile de secours de catastrophe ou d’évacuation de citoyens. Il me parait étonnant que l’on continue dans certains couloirs de la Commission européenne ou du Parlement européen de parler d’une nécessaire “force européenne de protection civile” sans citer la naissance de cet EATC qui résout un point essentiel, et souvent crucial, en cas de catastrophe : l’acheminement rapide et sécurisé des premiers éléments de secours et de matériel (en général, les personnels, matériels et autres éléments de secours sont déjà disponibles dans les Etats membres).

Bien sûr, la couleur, kakie, des appareils pourrait rebuter. Mais il ne doit pas être si difficile de demander à avoir en permanence un avion, peint en blanc, aux armes européennes prêt à partir. Pour un coût relativement modique, l’Union européenne pourrait ainsi se doter de cette force de réaction rapide en matière de protection civile. Bien sûr, ce n’est pas aussi simple, m’expliqueront sans doute de redoutables gestionnaires, il y a une série de questions juridiques, financières, administratives à régler. Sans doute… Mais avec une (petite) impulsion politique (et une volonté), un petit intérêt sur la question plutôt qu’une ignorance savamment organisée permettrait sans doute de transformer des problèmes en une discussion plus ouverte.

Au passage, notons que la Haute représentante aura ainsi une flotte d’avions VIP non pas à volonté mais à portée de main… Comme quoi les poissons d’avril (2) commencent à se réaliser.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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