L’approche « totale » selon Rasmussen. Et la coopération OTAN-UE…

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(BRUXELLES2) On ne peut dénier au secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, un certain sens politique et le goût de la persévérance. Mardi, devant les députés européens et nationaux, il a réitéré sa volonté de trouver de nouveaux modes de coopération avec l’UE mais aussi sa nouvelle approche, « total approach » qui se diffère donc de la « comprehensive approach » jusqu’à l’apanage de l’Union européenne. Inévitablement, en écoutant Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN, on ne peut qu’être frappé par la force politique de son discours, son lent travail de labour, notamment sur la coopération avec l’UE qu’il entend arrimer à l’OTAN, à moins que ce ne soit l’inverse… (NB : Sur la création d’une unité civile au sein de l’OTAN, lire ici).

Mieux coopérer entre l’OTAN et l’UE

« Je suis venu ici pour vous demander de soutenir la coopération entre l’UE et l’OTAN de façon significative » a expliqué Rasmussen. « Nos deux organisations ont connu des changements profonds depuis 15 ans. L’Union européenne est un acteur multidisciplinaire aujourd’hui y compris sur les questions de défense, car elle conduit des missions civiles et opérations militaires. Une interaction plus étroite entre UE et Alliance est devenue une nécessité stratégique. »

Et le secrétaire général de l’OTAN de proposer, dans la ligne droite de ce qu’il avait déjà mentionné à Palma de Majorque une démarche en trois temps (1). Avec des actions concrètes.
« 1° Nous devons nous réunir régulièrement à tous les niveaux, dans les domaines communs. Aujourd’hui malheureusement, nous ne pouvons pas discuter entre nos deux organisations de sujets de sécurité, autres que la Bosnie-Herzégovine.
2° Nous devons travailler de façon plus étroite sur les opérations. De plus en plus souvent, on se trouve sur le terrain ensemble comme au Kosovo, en Afghanistan, ou sur la côte somalienne. Il faut donc trouver un nouveau niveau de coopération.
3° Eviter certaines dépenses. Par exemple, nous devons nous préparer à faire face aux IED (engins explosifs improvisés). L’exemple de l’Afghanistan en montre la nécessité. On peut éviter le double emploi de nos personnels. »

« Se parler, agir ensemble »

« L’approche totale », c’est cela, selon Rasmussen : « nous devons parler, agir ensemble quand c’est nécessaire ». « L’OTAN respecte l’autonomie de prise de décision de l’UE. Comme l’OTAN veut garder son autonomie de décision. Il faut trouver une coopération sur un pied d’égalité. C’est une condition d’un partenariat de confiance. »

Le secrétaire général est revenu à plusieurs reprises sur la Turquie, proposant « une solution pratique sans toucher aux deux questions (de fond) comme la reconnaissance de Chypre par la Turquie ou l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Je propose que tous les Etats membres pourraient participer aux échanges à l’OTAN (donc y compris Chypre). Mais en échange de cela, l’Union européenne doit bouger ses pions ». C’est-à-dire notamment par un accord de sécurité UE-Turquie et la participation de la Turquie à l’Agence européenne de défense. « La Turquie est le deuxième Etat contributeur à Althea mais elle ne participe pas aux décisions » a-t-il cité mettant en avant l’opération de l’ISAF et les Etats non membres de l’Alliance « qui prennent part aux décisions » (2).

Un nouveau concept stratégique basé sur « l’approche totale » et « préventive »

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Rasmussen a ensuite abordé la réforme du concept stratégique de l’OTAN, détaillant les quatre principes qui vont guider la discussion avec les Chefs d’Etat et de gouvernement à Lisbonne début novembre. Les nouvelles menaces, l’approche préventive, des relations plus soutenues avec l’UE comme avec d’autres partenaires, et les restructurations des armées de l’Alliance, constituent le fer de lance du nouveau concept.

Elargissement aux nouvelles menaces. L’engagement de la défense collective, selon l’article 5 du Traité, « reste solide comme un roc. Nous le soutenons par des activités militaires. (Mais) Nous devons nous préparer à faire face à nouvelles menaces : les cyberattaques, les armes de destruction massive, l’arrêt de l’approvisionnement énergétique. »

L’approche préventive. « Plutôt que de réagir à une crise quand elle est l’est, nous devons agir en amont, agir en prévention une crise. C’est ce que nous appelons l’approche totale. Pour cela, il nous faut des capacités, des relations avec d’autres organisations. »

OTAN acteur international. Troisièmement, la façon dont l’OTAN peut promouvoir la stabilité internationale. « Les partenariats avec l’UE est nécessaire. Il faut élargir le nombre de sujets qu’on peut discuter avec nos partenaires. »

La réforme des armées : mieux pour moins cher. Nous devons avoir plus de forces déployables à l’extérieur a souligné Rasmussen. « Une trop grande partie de nos forces reste dans les casernes. Cela coûte cher et n’est pas adapté aux besoins. Il faut changer tout cela. »

Russie, Afghanistan, Moyen-Orient, Iran, Bouclier anti-missiles

Répondant aux questions des députés ou de sa propre initiative, le secrétaire général de l’OTAN a également abordé certains sujets clés : un partenariat approfondi avec la Russie, une présence de long terme en Afghanistan (y compris après le retrait), offre d’une participation à une force internationale au Moyen-Orient.

L’OTAN Cyber-contre-attaque

« Les cyber-attaques ne sont pas de la théorie. Cela représente une réelle menace pour nos capacités militaires. Elles pèsent sur toute la société. L’OTAN dispose des structures de planification et commandement qui représentent une façon efficace de réagir. Mais nous devons développer nos capacités. »

Un bouclier anti-missile ? « De Vancouver à Vladivostok »

« Il faut mieux nous protéger : avec un dispositif anti-missiles, en élargissant nos capacités au-delà des forces déployées, en couvrant les territoires de nos Alliés. C’est un système de défense territorial. » Ce n’est pas de la théorie pour le secrétaire général. « L’Iran peut, avec ses missiles, atteindre nos territoires. » Mais ce bouclier anti-missiles devrait avoir une dimension plus large que le territoire actuel de l’OTAN. « Il faudrait que l’OTAN et la Russie coopèrent. C’est nécessaire en matière opérationnelle mais aussi politique. Cela permettrait une architecture de sécurité de Vancouver à Vladivostok. » Pour Rasmussen, « plutôt que de parler de traité, d’autre document, nous parlons ainsi de sécurité concrète. »

La Russie dans l’OTAN ? « des gisements de coopération »

« Je ne crois pas que ce soit très réaliste. Ils ne nous ont pas présenté une demande formelle. Et l’ambassadeur de Russie à l’OTAN a dit que « jamais il ne demanderait pas l’adhésion ». En revanche, on peut lancer un partenariat stratégique. On peut ne pas être d’accord sur la Géorgie mais il y a des domaines où on peut agir en commun : l’Afghanistan, le terrorisme, la lutte contre la drogue, la piraterie, la défense anti-missiles sont des « gisements de coopération ». »

Quitter l’Afghanistan ? « sur place après 2014 »

« Oui nous quitterons Afghanistan. Il n’y a pas de doute. La question c’est quand. L’OTAN quittera l’Afghanistan dès que les conditions le permettront. Notre objectif est de transmettre les responsabilités au gouvernement afghan, l’année prochaine je l’espère. Le président afghan espère qu’il aura la responsabilité sur tout le territoire d’ici 2014. Des forces internationales resteront sans doute sur place au-delà de cette date, mais pour former. »

L’OTAN au Moyen-Orient ? « Nous pouvons l’envisager »

« Soyons optimistes, ayons pour hypothèse un accord de paix, la présence de forces internationales sera requise alors ne serait-ce que pour vérifier l’application d’un accord de paix. Si il y a un accord de paix, si les parties prenantes demandent notre participation, si l’ONU donne mandat, voilà les trois conditions, alors nous pouvons envisager une telle mission. Mais il faut d’abord un accord de paix, et ce n’est pas une mince affaire. »

(1) Lire également :

(2) Point de vue légèrement faussé à mon sens car l’ensemble de la stratégie de l’ISAF est surtout guidé par les Américains. Lire :

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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