La piraterie : « une véritable industrie ». Atalanta étend sa zone d’action à l’est

(BRUXELLES2) «Les attaques des pirates s’accroissent. Et dans des zones qu’ils n’atteignaient pas jusqu’ici, loin des côtes somaliennes ». Les termes utilisés par le major-général Buster Howes, hier, devant les ambassadeurs du Comité politique et de sécurité (COPS) ne laissent planer aucun doute. «La piraterie est devenue une véritable industrie », explique le commandant la mission européenne anti-piraterie dans le Golfe d’Aden et l’Océan indien (EUNAVFOR Atalanta).

Zone étendue à l’est d’Oman

Les pirates ont, en effet, commencé à opérer, de manière régulière, dans des zones auparavant pas utilisées pour contourner les mesures prises tant par EUNAVFOR que les autres forces de contre-piraterie. « Ils prennent de plus en plus de risques » précise Buster Howes. Conformément au mandat avalisé par les ministres en mai dernier (1), le commandant de l’opération Atalanta a donc présenté aux ambassadeurs le nouveau cadre opérationnel qui permet d’étendre la mission des navires européens dans la partie orientale de l’Océan indien. La nouvelle zone d’action se situe près de 300 milles nautiques à l’est d’Oman et englobe totalement tout l’archipel des Seychelles. On est ainsi plus près de l’Inde et du Pakistan… que de la Somalie (2). «Cela va permettre aux unités d’EUNAVFOR de fonctionner plus efficacement plus à l’est de l’océan Indien, en leur donnant une plus grande capacité pour perturber et dissuader les pirates dans cette région » a expliqué Buster. Une nécessité !

Les pirates prennent plus de risques

Avec la fin de la période de mousson, le risque de piraterie va redoubler. Depuis le début de l’année, les forces multinationales présentes dans la région ont ainsi «démantelé 90 groupes pirates, la moitié de ces actions étant effectuées par les navires d’EUNAVFOR ». Ce qui a un effet dissuasif. L’utilisation des VPD, les équipes de protection embarquées, a également prouvé son utilité. Et Buster Howes entend « les développer« . La question du cadre légal de poursuite des pirates reste cependant une préoccupation pour le chef de la mission Atalanta comme pour la plupart des Etats membres. Les ambassadeurs ont d’ailleurs discuté de différentes options possibles sur la base d’un papier préparé par la CMPD (3).

Rester mobiliser, accroître les synergies…

Le général a aussi exprimé ses craintes face à la pression sur les budgets de défense. « Il faut continuer à rester mobilisés » pour préserver nos « capacités » de réponse. Une des solutions consiste à « renforcer les synergies avec les différents partenaires » opérant sur la région. Ainsi les Russes, puis les Chinois, ont commencé à « escorter les bateaux du PAM ou de l’AMISOM » comme le font déjà les navires d’EUNAVFOR ou de l’OTAN. Ce qui constitue une extension de leurs missions, puisque jusqu’ici ils se concentraient surtout sur les escortes de navires marchands dans le Golfe d’Aden. Depuis janvier 2010, les forces multinationales ont ainsi escorté 60 navires du Programme alimentaire mondial ainsi que 35 navires de l’Amisom, la force africaine de paix en Somalie (4).

Lire également:
(1) L’opération Atalanta autorisée à étendre sa zone d’action. Le droit rejoint la réalité
(2) Atalanta III va voir sa zone de mission étendue un peu plus à l’est
(3) Piraterie : un tribunal somalien « off shore » serait la meilleure option selon l’UE
(4) Sur le bilan précédent : 18 mois après le début d’Atalanta (3). Un dernier bilan

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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