3 Français capturés près des côtes du Nigeria. A distinguer de la Somalie

(BRUXELLES2) La piraterie est endémique non seulement au large de la Somalie mais aussi dans le Golfe de Guinée, au large du Nigeria. On a parfois tendance à l’oublier. Mais la réalité vient souvent le rappeler. La nuit dernière, ainsi, 3 Français ont été enlevés à bord de leur navire, le Bourbon Alexandre, un « releveur d’ancre » qui opérait sur le champ pétrolier d’Addax pour le groupe français Bourbon ; les 13 autres membres d’équipage sont sains et saufs selon l’industriel (1).

Le Golfe de Guinée, deuxième zone de « chalandise » de la piraterie

Le Nigeria a été toujours une des zones les plus dangereuses en termes de piraterie, juste derrière l’Océan indien (Somalie, Océan, Golfe d’Aden), selon les statistiques remises à jour régulièrement par le Bureau maritime international (BMI). Après avoir augmenté en 2007 et 2008 (respectivement 42 et 40 attaques contre 16 et 12 en 2005 et 2006), les attaques ont diminué légèrement en 2009 (28) et aussi en 2010 (une dizaine au premier semestre).

Même si par commodité on parlera de piraterie, cet acte s’assimile plutôt à du grand banditisme, plus ou moins lié à des questions politiques, qu’à de la piraterie. D’ailleurs au sens juridique du terme, puisqu’il se déroule en général dans les eaux territoriales, voire même portuaires, il s’agit d’un « vol à main armée ».

Les experts européens distinguent, cependant, les actes commis d’un coté ou de l’autre de l’Afrique.

Des caractéristiques forts différentes

Dans l’Océan indien, et le Golfe d’Aden, il s’agit d’une « véritable industrie », comme en témoigne encore le général Buster Howes, commandant la mission européenne EUNAVFOR Atalanta (2), liée essentiellement au délitement de l’Etat somalien, avec capture des bateaux et des équipages, de toutes origines, et remise contre rançon. La retenue en otages peut parfois durer très longtemps (plusieurs mois). La zone est très large et le plus souvent dans les eaux internationales. Généralement lors des prises, les marins pris en otage sont relativement bien traités (même si le séjour sur la terre somali ou à bord du bateau retenu est souvent éprouvante, du fait de la chaleur, du manque de nourriture).

Dans le Golfe de Guinée, en Afrique de l’Ouest, il s’agit davantage d’attaques à main armée, concentrées sur une zone assez limitée, à proximité des côtes, souvent en eaux territoriales voire en eaux portuaires du Nigeria, de la Guinée, voire du Cameroun. Elles visent davantage les navires des sociétés pétrolières – qui sont souvent facilement abordables (navires-grues, dragueurs…). Le bateau est pillé mais pas détourné, les membres d’équipages sont pris en otage. Le plus souvent seuls les occidentaux (blancs) sont capturés, pas les marins africains. Ils sont ensuite libérés contre une rançon. Cette libération intervenant souvent assez rapidement (quelques jours). En revanche, les « bandits » sont plutôt violents et les échanges de tirs avec les gardes privés qui protègent les navires ou la marine nigériane qui intervient sont souvent « nourris » et tout azimuts. Ainsi les deux attaques du premier trimestre 2010, l’une d’entre elles s’est terminée à l’hôpital pour 2 marins attaqués.

Britanniques et Nigerians (crédit : UK Royal Marine)

Les attaques sont parfois revendiquées par des organisations politiques, comme le Mouvement d’émancipation du delta du Niger (MEND) qui milite pour une meilleure répartition de la manne pétrolière entre les régions (3). Une qualification politique contestée par certains spécialistes qui préfèrent parler d’actes de banditisme « classique ». Plusieurs attaques ont été contrées soit par les gardes privés des sociétés pétrolières, soit par les forces locales. La marine nigériane notamment a ainsi été formée et entraînée par les marines US ou britanniques (voir photo).

A signaler que selon le BMI, ce mercredi 22 septembre également, a eu lieu une attaque a au large de la rivière « Bonny » (à 3.49 degré Nord et 6.54 degré Est). Une vingtaine de pirates armés à bord de trois bateaux ont ainsi pris d’assaut un navire-grue. L’équipage s’est enfermé dans un logement sécurisé. Les pirates ont pu cependant prendre un membre d’équipage en otage. Le capitaine a alors appelé à la rescousse la marine nigériane. Les pirates ont relâché, plus tard, l’équipage et quitté le navire.

Lire également :
(1) Le communiqué du groupe Bourbon
(2) La piraterie : « une véritable industrie ». Atalanta étend sa zone d’action à l’est
(3) On peut lire également un témoignage d’un employé français ayant travaillé au Nigeria

(Nicolas Gros-Verheyde)

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