Quand Nicolas remonte les bretelles à José-Manuel

(BRUXELLES2) C’est une lettre de Nicolas (Sarkozy) adressée à José-Manuel (Barroso) et rédigée durant le week-end du 15 août. Le ton est poli. Mais un rien comminatoire. « La mobilisation des Européens doit être totale » tonne le « Che » Nicolas. Certes l’Europe a déjà débloqué 40 millions d’euros en aide humanitaire, envoyé quelques équipes d’experts et activé son mécanisme de protection civile. Mais c’est bien peu aux yeux du président français. « L’Europe peut faire plus en s’engageant pour couvrir davantage encore les besoins humanitaires immédiats » (NB : l’ONU a lancé un appel de 459 millions $ mais seul un quart de la somme a pu être rassemblé jusqu’ici). Et Sarkozy n’y va pas par quatre chemins. La France  est prête — explique-t-il — « à mobiliser des moyens logistiques militaires nationaux, aériens et navals, pour l’acheminement de l’aide internationale, dans le cadre de l’OTAN. »

Les trois recommandations de Sarkozy

L’Europe doit se bouger les fesses… Sarkozy admoneste le président de la Commission: « Je compte sur vous (le président de la Commission) pour que l’Union européenne montre son unité et sa détermination et entraîne avec elle la communauté internationale pour empêcher un désastre humanitaire« . Et il lui trace la feuille de route : 1° renforcer l’aide humanitaire ; 2° prévoir dès maintenant le futur, la reconstruction, en mobilisant ses deux instruments financiers (l’Instrument de stabilité et l’Instrument de Coopération et Développement), 3°  Se doter d’une « véritable capacité européenne » de réaction à la crise. Haïti et les incendies en Russie (où la coordination européenne a été un tantinet défaillante) l’ont démontré, poursuit le président, il « faut tirer les conséquences de telles situations ».

  • En clair, Sarkozy remonte non seulement les bretelles au président de la Commission européenne mais aussi à la commissaire Georgieva, pour le moins absente ces jours-ci, ainsi qu’à la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. Cathy Ashton continue à démontrer que si elle arrive à gérer la politique institutionnelle (l’adoption de la première décision sur le service diplomatique en est une preuve), qu’elle commence à pratiquer la diplomatie (l’implication à Gaza ou la négociation d’un accord de poursuite des pirates le prouve), elle a encore bien du mal à apprécier la gestion de crises. C’est ce qui manque encore à l’UE ! Sarkozy commet, cependant, un impair, à mon sens, mettre les moyens français à disposition de l’OTAN. C’est en contradiction avec le contenu et l’objectif de la lettre (renforcer l’Union européenne) et également avec ses engagements précédents (s’impliquer davantage dans l’OTAN pour renforcer l’Europe de la Défense). C’est un peu le contraire, ici…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Quand Nicolas remonte les bretelles à José-Manuel

  • 18 août 2010 à 12:43
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    La contradiction OTAN / UE n’est qu’apparente.
    Le 1er traité de constitution de l’Union stipulé déjà noir sur blanc que le bras armé de l’Europe était l’OTAN, même si ce texte a finalement été rejeté, cette partie devient quand même une réalité par pragmatisme. L’OTAN fonctionne mieux que l’UE, on fait aussi quelques économies structurelles et ça donnerait une meilleur image de l’Organisation auprès de l’oppinion publique que l’enlisement en A-stan…

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