Les 27 pourraient proposer un mécanisme de levée du blocus de Gaza

PosteFrontiereKeremShalom-Isr060901.jpg(BRUXELLES2) Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE qui se réunissent, lundi à Luxembourg, pourraient proposer leurs bons offices dans la crise de Gaza.

L’UE veut accompagner la levée d’un blocus qu’elle continue de juger « inacceptable » et dont elle demande la levée. L’UE pourrait ainsi proposer, à la fois, une augmentation du volume et surtout du type de marchandises pouvant entrer à Gaza ainsi qu’un « mécanisme d’appui » international de contrôle des points frontière vers Gaza pour vérifier que les marchandises arrivant dans le territoire palestinien sont bien conformes à la liste internationale et prévenir toute contrebande d’armes.

Renverser la logique de blocus

L’objectif – explique un diplomate européen – est de « renverser la logique de blocus actuel vers une logique de contrôle strict », en proposant une panoplie d’outils pour faciliter cette évolution.

Les 27 ne donneront cependant pas, lundi, leur feu vert à une nouvelle opération de la PeSDC. On n’en est pas encore là. Ils donneront un mandat à Cathy Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, d’étudier différentes options et surtout obtenir des Israéliens (et Egyptiens) de renouveler l’accord de 2005. Il s’agit d’avoir un « push » politique pour mettre l’offre publiquement sur la table afin qu’elle soit reprise par les Américains et faire pression sur les différents partenaires (Israéliens, Egyptiens).

Une fenêtre de tir diplomatique

Toutes ces propositions sont, en effet, soumises à une condition : l’accord des Israéliens et des Egyptiens pour renouveler l’accord de 2005. Ce qui n’est pas une mince affaire. Le contexte est favorable. Le gouvernement israélien a fait « une erreur monumentale » en lançant ses commandos sur la flottille pour Gaza. D’une certaine façon, « il doit payer« . Mais il faut « lui offrir une solution de sortie de crise. (…) Une sorte de donnant-donnant« .

La pression internationale est au maximum de ce qu’il pourrait être. Mais il faut aller vite. D’une part, avant que la pression  ne retombe. Et que les Européens repartent à d’auters affaires. D’autre part, avant que les Etats-Unis n’entrent vraiment en campagne pour le renouvellement à mi-mandat. Un diplomate de l’UE estime ainsi qu’il y a une fenêtre d’action, coté américain, « jusqu’à mi-juillet environ« .

Personne ne parle d’un « donnant-donnant » sur l’enquête internationale. Mais l’idée est bien présente. Les Européens – même s’ils disent officiellement le contraire – acceptent l’idée d’une enquête israélienne avec un volet international (un Américain et un Européen) telle qu’elle est en discussion actuellement ; les Israéliens acceptent de relâcher le blocus sur Gaza en acceptant une augmentation des marchandises et une surveillance internationale.

Des options terrestres et maritimes de contrôle

Voici quelques-unes des options étudiées au niveau européen et qui seront débattues lundi, accompagné éventuellement d’un petit commentaire « off record » sur la faisabilité d’une telle mesure.

• Reprise de l’opération EUBAM Rafah de contrôle au point d’entrée passager de Rafah vers Gaza. Cette première solution serait très limitée et ne résoudrait pas le blocus. Car elle ne concerne que les « points passagers ».

• Extension de la surveillance européenne aux points d’entrée marchandises de Kernit voire de Kerem Shalom. Solution sans doute la plus efficace sur la levée du blocus et la plus rapide à mettre en place. Car elle ne nécessite pas un bouleversement des dispositifs en place, tant coté israélien que coté européen. « La petite équipe EUBAM déjà en place en Israël peut finaliser, sur place, le travail préalable de planification, rapidement. Il suffit d’envoyer quelques experts de plus. Et on peut démarrer ».

• Envoi d’une équipe de contrôleurs internationaux dans un port israélien (Ashdod) pour effectuer le même travail. C’est la partie maritime de « l’offre européenne ».

• Envoi d’une équipe de contrôleurs à Chypre où les bateaux à destination de Gaza (direct) ou via Israël feraient escale pour vérifier qu’il n’y a pas d’armes à bord. Solution assez complexe à mettre en oeuvre car elle supposerait ensuite une surveillance maritime (ou une escorte) des bateaux jusqu’à bon port.

Au niveau européen, si politiquement une nette majorité d’Etats membres est à peu près d’accord sur la nécessité de lever le blocus et de proposer un facilitateur international, il reste encore à voir comment les détails vont être ajustés, et surtout les termes (les Tchèques et Néerlandais sont toujours plus réticents à des sanctions sur Israël).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(crédit photo : force israéliennes – poste frontière de Kerem Shalom)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).