Kirghizstan, l’UE préoccupée. Le mot est un peu faible ! (maj)

(B2, A Luxembourg) Les 27 Ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis à Luxembourg aujourd’hui ont pondu des conclusions sur le Kirghizstan qui semblent un peu en deçà de la situation. Ils expriment ainsi leur « sérieuse inquiétude » face aux violences entre Ouzbekhs et Kirghizes qui agitent le sud du Kirghizstan qui ont fait « un nombre significatif de victimes« .

Les 27 soulignent la « nécessité de restaurer l’ordre public et le respect de l’Etat de droit et insiste pour que toutes les violences et provocations puissent cesser immédiatement. Le dialogue doit être restauré comme une priorité. Ils appellent également « toutes les parties concernées, aussi bien que les pays voisins (NB : l’Ouzbékistan notamment), à prendre les mesures appropriées pour préserver l’accès aux populations vulnérables et contribuer, si c’est approprié, à des corridors et points d’appui humanitaire, en conformité avec le droit international. »

L’UE a envoyé son représentant spécial dans la région, Pierre Morel en lien étroit avec l’OSCE et l’ONU. La Commission européenne prépare une décision financière d’urgence (1).

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Une déclaration un peu faiblarde.

Or, les violences inter-ethniques ont fait plus de 100 morts et plus de 1200 blessés au dernier bilan selon les autorités kirghizes (bilan qui est passé à 170 morts et 1800 blessés, le 15 juin). Un bilan très provisoire. Car selon le CICR, le Comité international de la Croix-Rouge « il est probable que le nombre de morts confirmés augmentera à mesure que les corps pourront être récupérés. 80 000 personnes ont fui leur foyer. (…) Selon diverses sources, les patients blessés et malades ne se rendent plus dans les hôpitaux par crainte d’être victimes de violences ; le personnel médical a été attaqué alors qu’il cherchait à évacuer les patients. » A écouter ces témoignages, on a l’impression d’un mini-rwanda. Un premier avion humanitaire est arrivé, dimanche, une douzaine d’autres ont été programmés.

(Mise à jour 15 juin)

La Commission européenne a débloqué, le 15 juin, 5 millions d’euros pour financer l’aide aux victimes. « Les nouvelles du Kirghizstan ne sont pas bonnes » a expliqué, à cette occasion, Kristalina Georgieva, la commissaire européenne à l’aide humanitaire. « Nombre de  personnes sont mortes et des milliers de civils innocentes ont fui pour sauver leur vie en Ouzbékistan. » L’aide européenne est diversifiée (nourriture, eau, aide médicale d’urgence, abris, assistance psychosociale aux victimes) et sera distribuée aux ONG et aux organisations de l’ONU et « bénéficieront aux Kirghizes comme aux Ouzbekhs ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).