Un thonier espagnol attaqué par les pirates non loin de Mayotte

(BRUXELLES2) Même si la mousson fait son effet et que les pirates sortent moins, du moins dans le Golfe d’Aden, la piraterie continue cette fois plus au sud. Un thonier espagnol, le “Campolibre Alai” (1), a ainsi été attaqué mardi matin, à environ 70 miles de l’île française de Mayotte. L’attaque a duré une demi-heure, selon mes confrères espagnols. Et le navire n’a du son salut que grâce aux manoeuvres d’esquive et, surtout, semble-t-il, à la présence des gardes privés à bord qui ont dû finalement effectué des tirs d’avertissement, avant que les pirates n’abandonnent la poursuite, au large des côtes de Madagascar.

Mayotte, les Comores et Madagascar concernés

C’est, à ma connaissance, le premier incident de la sorte aussi près de Mayotte et de l’archipel des Comores. Il démontre, en tout cas, l’aptitude des pirates à s’adapter aux circonstances et à rechercher de nouvelles zones de “chalandise”. Il montre toute la pertinence également d’élargir la zone “Atalanta” vers le sud également et non pas seulement vers l’est (lire : Atalanta III va voir sa zone de mission étendue un peu plus à l’est). La Marine nationale (française) qui est fortement engagée dans la piraterie voit, ici, un nouveau front s’ouvrir.

La question de baser un navire à Mayotte pourrait ainsi se poser. De même qu’on pourrait se demander si le tribunal de Saint-Denis de la Réunion (tribunal correctionnel) ne pourrait pas accueillir les pirates interceptés par les forces françaises ou quand un intérêt français est en jeu (marin, navire…) et que la France décide d’exercer son droit de poursuite.

Une autre attaque dans la zone sud, près de la Tanzanie

Mardi toujours, un tanker battant pavillon chypriote, le Nordneptun a été l’objet d’une attaque en règle, au petit matin, de deux skiffs pirates somaliens, au nord-est de Zanzibar, Tanzanie. Heureusement, la frégate française, le Nivôse (qui participe à l’opération européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta), n’est pas loin. Le Nivose est, en effet, en approche du port de Dar es Salam (Tanzanie), où il doit faire escale, explique l’Etat-Major des armées. A la réception de l’appel de détresse, il se déroute et lance immédiatement son hélicoptère Panther à la rencontre du navire qui se trouve alors à 58 miles.

Quand il arrive sur zone, il est “moins une”. Les pirates s’apprêtent à se lancer à l’abordage et de prendre pied sur le NordNeptun. A l’arrivée de l’hélicoptère, la dizaine de pirates présents plient bagage et, fidèles, à leur tactique se séparent. L’hélicoptère tente de les poursuivre, tire des coups de semonce. En vain, les pirates ne s’arrêtent pas et se mêlent aux pêcheurs nombreux dans cette zone, au large de l’île de Pemba (Tanzanie), au nord de Zanzibar. Les autorités tanzaniennes sont aussitôt prévenus par les marins et le QG d’Atalanta de la présence possible de pirates dans leurs eaux.

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Un des skiffs pirates qui change de direction (crédit photo : DICOD / Eunavfor Atalanta)

Commentaire : la zone sud de l’Afrique concernée directement

 Après la Somalie, le Yemen, Oman, les Seychelles, le Kenya… la Tanzanie est ainsi désormais concernée au premier chef par les actes des pirates somaliens. Et la question de la signature d’un accord de transfert des pirates devient donc, encore plus que jamais d’actualité (2). Les négociations entre l’UE et le gouvernement tanzanien pourraient aboutir assez rapidement, d’après les informations que j’ai recueillies. La Haute représentante, Catherine Ashton, espère ainsi pouvoir valider d’ici septembre-octobre l’accord de transfert.

Cette attaque montre également que les options prises par plusieurs compagnies pour éviter le canal de Suez et le Golfe d’Aden et de contourner l’Afrique par la voie sud (Afrique du sud, cap de Bonne Espérance) n’est qu’une option précaire et temporaire. Elle devrait peut-être également inciter l’Afrique du sud, pour l’instant, très réticente à s’engager dans la lutte anti-piraterie – que ce soit au niveau financier, opérationnel ou judiciaire – à se montrer un peu plus réactive et solidaire de ses voisins africains.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Ce navire de pêche appartient au même armateur (Echebastar Fleet) que l’Alakrana (capturé par les pirates en septembre 2009. Il avait déjà fait l’objet d’une attaque l’année dernière.

(2)… et la Tanzanie, aussi, pourrait “accueillir” des pirates

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).