Le défilé « allié » sur la place rouge, une nouvelle « realpolitik »

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(crédit photo : RIA Novosti)

(BRUXELLES2) Quand on voit le défilé militaire organisé, ce dimanche, par les autorités russes sur la Place rouge pour célébrer l’anniversaire des 60 ans de la fin de la 2e guerre mondiale, on ne peut qu’être frappé par le petit sentiment d’avoir un air de déjà vu de défilé à la soviétique. Cependant il faudrait se garder de tomber dans les apparences pour regarder deux éléments.

Premièrement la présence des alliés mais surtout de la Pologne est à remarquer. Ce défilé en commun scelle la volonté politique à Moscou et Varsovie de passer outre sur les dissensions du passé, et le sang versé, et symbolise ainsi le rapprochement entamé depuis des mois. L’accident de Smolensk de l’avion présidentiel polonais n’a pas freiné ce mouvement ; les deux parties ayant décidé de ne pas polémiquer sur les causes de l’accident (le pilote est responsable, point final).

Deuxièmement, à ce défilé participaient les forces de l’ancienne URSS. Et on ne peut qu’être frappé que l’absence de la Géorgie n’a pas gêné le moins du monde ni les alliés britanniques ou américains, et même polonais, qui n’avaient de mots assez durs il y a moins de deux ans pour condamner l’intervention russe en Géorgie. Alors que le « coup » russe a d’une certaine façon réussi : l’OTAN ne s’est pas élargi à la Géorgie ni à l’Ukraine ; les deux entités autonomes de Géorgie (Ossétie du Sud et Abkhazie) se sont détachées, de façon définitive, de la Géorgie – et personne ne sont à remettre en cause cet état de fait ; l’Ukraine a basculé vers un gouvernement plus ouvert aux vues russes et a renouvelé l’accord sur la base de la marine russe à Sébastopol.

En bref, il y a une normalisation des relations entre le continent européen et l’occident et son voisin russe, et l’acceptation des réalités géopolitiques. La Realpolitik a frappé. Et à son grand retour que nous avons assisté à Moscou ce 9 mai 2010. C’est sûrement plus important à mon sens que la célébration, un peu surannée, des 60 ans de la déclaration Schuman.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).