L’armée polonaise perd l’artisan de sa transformation

GagorGeneral-PL0805.jpg(B2) Le chef d’Etat-major polonais, Franciszek Gagor, décédé dans l’accident de l’avion présidentiel polonais, le 10 avril 2010, était un homme convaincu de la nécessaire présence polonaise dans les missions internationales.

Très tôt, alors que la Pologne fait encore partie du bloc communiste, il part en mission internationale au Moyen-Orient, auquel il restera très attaché, y effectuant plusieurs séjours. Il sera également un des artisans de la réforme de l’armée polonaise visant à la transformer de force territoriale à une force de projection à l’extérieur, chargé plus particulièrement de la formation et la planification des forces de maintien de la paix.

Un homme des blindés

Né à Koniuszowa près de Nowy Sącz en 1951, Franciszek Gagor est affecté, en 1973, au 2e régiment de tank, où il sert à plusieurs postes jusqu’en 1978. Il passe alors au collège des officiers de l’infanterie mécanisée à Wroclaw comme instructeur responsable de la préparation et de l’entrainement des contingents polonais désignés pour participer aux opérations de maintien de la paix (jusqu’à 1988). Chef de la division du maintien de la paix à l’état-major (1993), il devient directeur du bureau des opérations de la paix et du contrôle des armements en 1994 puis directeur du département des affaires militaires étrangères (1996-1999). Promu brigadier-général en197, il est nommé, en 1999, chef J3 de la direction des opérations à l’état-major des forces armées polonaises, où il reste jusqu’à 2003. Il passe ensuite à Bruxelles comme représentant militaire polonais auprès de l’OTAN et de l’UE (2003-2006). Puis est nommé chef d’état-major (CEMA).

Artisan de la transformation de l’armée polonaise

Proche des Américains – décoré de la Légion du mérite par le président Bush – il assure un engagement continu des Polonais d’abord en Irak (1) puis en Afghanistan (Iraqi Freedom et Enduring Freedom). Mais c’est aussi un artisan de l’engagement militaire polonais dans les opérations de l’UE, notamment pour EUFOR Tchad, où la Pologne assura un rôle majeur, en commandant le secteur nord (Iriba). Il fut d’ailleurs décoré pour ce rôle de l’insigne de commandeur de la Légion d’honneur en décembre 2008 par le CEMA français, le général Georgelin à l’occasion de la réunion des chefs d’état-major des pays du triangle de Weimar (France-Allemagne-Pologne).

Casques bleus au Moyen-Orient

Gagor a servi très tôt, et à plusieurs reprises, dans les forces des Casques bleus des Nations-Unies déployées au Moyen-Orient. Interprète principal dans la mission UNEF II, chargée de superviser le cessez-le-feu entre l’Égypte et Israël (1976), il sert également à plusieurs reprises dans les forces des Nations-unies chargées de surveiller le désengagement du Golan (conflit Israël – Syrie) : comme officier (1980-1981, puis commandant le bataillon polonais (1985-1986), chef adjoint chargé de la logistique (1989-1990) et enfin commandant de la FNUOD (août 2003 – janvier 2004).

Irak et Koweit

Gagor est le commandant en second du contingent militaire polonais engagé dans l’opération “Tempête du désert” menée par une coalition internationale sous la direction des USA. Il est ensuite le commandant adjoint des observateurs des Nations-Unies (UNIKOM) chargés de surveiller le cessez-le-feu entre le Koweit et l’Irak (1991-1992). Il y reviendra en 2003 comme commandant en chef.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) NB : il faut rappeler qu’avec les Britanniques et les Australiens, les forces polonaises ont été les seules à faire partie des “forces d’entrée en premier” lors de l’offensive US en Irak en 2003.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).