Petite friction franco-belge sur Eunavfor

(BRUXELLES2) Le forcing belge pour avoir le commandement d’EUNAVFOR – l’opération anti-piraterie de l’UE – à la fin d’année commence à irriter…un peu! Selon les décisions prises à l’automne, sur proposition du RA Hudson lui-même, ce doit être un Français qui a le commandement « sur zone », d’août à décembre, en relève d’un Suédois. Mais le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, ne l’entend pas de cette oreille. Il tient mordicus à voir un commandement belge durant la présidence belge de l’Union (au 2e semestre) et l’annonce urbi et orbi. Une position qui gêne un peu coté français comme européen car elle arrive … bien tard et complique un peu tout. Toutes les décisions ont déjà été prises, au prix souvent d’un habile dosage très diplomatico-opérationnel.

Un savant dosage entre Etats participants. La répartition des responsabilités a été entérinée l’année dernière, lors d’une série de réunions (1). Avec un délicat équilibre entre les nationalités et les participations. Ainsi le chef d’opération est Britannique (Jones puis Hudson) depuis le début de l’opération. Il était assisté d’un commandant adjoint qui tourne tous les six mois : Français et Allemand en 2009, Espagnol pour le premier semestre 2010 et Allemand au second. Tandis que le commandement de zone tourne les quatre mois : en 2009, successivement un Grec, un Espagnol et un Néerlandais ; en 2010, actuellement, un Italien, relevé par un Suédois en avril, et (normalement) un Français, à partir d’août. Pour 2011, tout doit encore être négocié et arbitré. Ce sera l’occasion d’une conférence de génération de force qui va débuter d’ici l’été.

L’engagement d’un navire-amiral. Même si ce n’est pas expressément écrit noir sur blanc, le principe est que le commandement sur zone est attribué à un pays qui fournit des moyens suffisants à la force dans la durée et qui, surtout, peut durant son commandement offrir un navire amiral, suffisamment spacieux, sans risque d’avarie, pour à la fois accueillir un commandement de force (FHQ) d’une quarantaine de personnes, mener les autres opérations comme n’importe quel navire de guerre et assurer également des visites officielles (à Bahrein,  Djibouti, Victoria ou ailleurs). Or, pour l’instant, la Belgique n’a pas ce type de navire, sauf à le demander aux Néerlandais (qui en prêtent déjà aux Suédois et ne semblent pas très chauds pour le prêter aux Belges également) ou aux… Français.

Une préparation à l’avance. La prise de commandement, la formation d’un FHQ, l’envoi d’un navire amiral se prépare … longtemps à l’avance (2). Quelques mois avant la prise de fonction, cela paraît hasardeux pour changer la donne. D’autant que coté de la « Royale » (NB : la marine française), le poste de commandeur est, aussi, très convoité. Car il assure son titulaire d’une bonne visibilité et d’une possibilité de gravir un échelon (ou de finir une carrière en beauté).

La solution :  « Aux Français la responsabilité, aux Belges la visibilité » ? Les partenaires « la cherchent ensemble », assure-t-on. Au niveau européen, on n’a pas « souvenir » d’une candidature belge. Et on confirme la répartition des tâches antérieures : « les Français ont la responsabilité du commandement à la fin de l’année ». « Mais s’il y a un partage des tâches, pourquoi pas » assure-t-on, renvoyant ainsi les partenaires dos à dos. Du coté des Français, personne ne l’exprime ouvertement. Mais les Belges sont jugés un peu « gonflés » de revendiquer ce commandement. Cependant les propos restent très polis, personne ne cherche vraiment à ce que l’affaire dérape. Et un arrangement s’esquisse, comme le confirme un haut gradé (français) à qui j’ai posé la question. « Nous aurons le commandement … et sommes prêts à le
partager ! ».
Pour cela, plusieurs solutions sont possibles : créer un poste d’adjoint au commandant de force, confié aux Belges (solution qui semble avoir la faveur de tous actuellement) ; étaler le commandement conjoint entre 2010 et 2011 (l’adjoint devenant ensuite le commandant de force) ; et, dans tous les cas, plusieurs postes « avec une bonne visibilité seront réservés à nos amis belges » m’a confié un autre officier.

(1) Quel sera le commandement de l’opération Atalanta en 2010 ? (maj)
(2) Les Suédois préparent leur FHQ pour l’opération Atalanta

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).