Le gouvernement NL chute sur l’Afghanistan, un tournant de la guerre ?

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(BRUXELLES2) A la Haye (siège du gouvernement néerlandais), les discussions entre partenaires de la coalition – socio-démocrates du PvDA d’un coté, chrétiens-démocrates du CDA et de la CU de l’autre – ont duré une bonne partie de la nuit de vendredi à samedi (19 – 20 février). Enjeu : l’engagement militaire néerlandais en Afghanistan.

Les premiers (PvDA) étaient pour le retrait des soldats néerlandais dès cette année (comme prévu dans le programme de gouvernement), les seconds (CDA et CU) étaient pour répondre à la demande de l’OTAN de maintenir les troupes, au moins un an de plus. Aucun accord n’a pu se faire. Et le gouvernement a implosé (1). Le Premier ministre, Jan-Pieter Balkenende n’avait donc plus d’autre choix que de remettre sa démission à la Reine Beatrix.

Le retrait : inéluctable ?

De nouvelles élections législatives vont être organisées. Et une nouvelle coalition gouvernementale devra être reformée. Cela changera-t-il la donne nationale sur la question afghane ? Ce n’est pas sûr. Car autant le PVV (parti populiste de Geert Wilders) que les partis alternatif (D66) ou Verts sont pour le retour au pays, le plus rapidement possible, des troupes néerlandaises. Et dans l’opinion publique, où la guerre afghane n’a jamais été populaire, il est inutile de chercher un quelconque soutien au maintien des troupes en Afghanistan.

Selon un sondage réalisé sur le site du Volkskrant, 75% des votants approuvent la décision du PvDA de retrait des soldats afghans et du gouvernement (sur 9500 votants au moment où j’ai consulté le site). Les pressions importantes menées ces dernières semaines aux Pays-Bas par diverses personnalités de l’OTAN et américaines n‘ont pas été payées de retour. Au contraire, même, elles ont été contre-productives…

Un revers
pour la stratégie américaine et de l’OTAN ?

Les Pays-Bas en exemple ?

Si la nouvelle est confirmée, les soldats néerlandais devront commencer à se retirer de la province d’Uruzgan dès cet été et être achevé avant la fin de l’année. Ce qui nécessitera leur remplacement rapide. Par qui ? Les Néerlandais sont au nombre
de 2000 et tiennent une province du sud, l’Uruzgan, particulièrement difficile et stratégique.
Peu d’Européens semblent prêts à prendre le relais.

Le remplacement par des troupes US signifierait de prendre des troupes sur d’autres fronts. Quoi qu’il en soit, alors qu’une offensive « bruyante » de l’OTAN est engagée à Marjah, ce retrait tombe au plus mauvais moment. C’est un revers sérieux pour la stratégie de « surge » de l’OTAN et des Américains. Car les Pays-Bas sont plutôt considérés comme un allié docile, et inconditionnel de l’Alliance atlantique.

On peut se demander si la décision néerlandaise ne pas servir d’exemple, ou d’excuse, et être suivie par d’autres en Europe. D’autant que dans plusieurs pays européens, une division politique s’affirme sur la question de l’engagement en Afghanistan. 10 après, l’intervention militaire occidentale n’est pas vraiment un succès, entend-on de plus en plus souvent, y compris dans la bouche de militaires

Un tournant de la guerre

Si d’autres retraits ne sont pas à craindre dans un avenir proche, en revanche, l’envoi de renforts supplémentaires européens va devenir sinon impossible du moins beaucoup plus compliqué. Les réticences de l’opinion publique à cette guerre, ajoutées à la crise économique et aux contingences politiques diverses dans les Etats membres seront autant d’embûches sur la route du « surge » militaire. La chute du gouvernement néerlandais est un avertissement sérieux pour nombre de gouvernements européens engagés en coalition ou instables et pourrait servir d’exemple à d’autres pays européens. Un des tournants de la guerre en Afghanistan s’est peut-être joué, cette nuit, dans les cabinets de la Haye, plutôt que sur le terrain. Ce ne sera pas la première fois…

Une division politique s’esquisse-t-elle
en Europe sur la question afghane ?

Le débat sur l’Afghanistan commence à prendre une tournure politique en Europe. Jusqu’ici l’intervention en Afghanistan suscitait une sorte de consensus dans la classe politique qui, souvent, à l’inverse de son opinion publique, estimait justifiée et non discutable un important engagement occidental en Afghanistan. Aujourd’hui, une division commence à s’esquisser entre la gauche et la droite. Un changement du en bonne partie aux partis socio-démocrates traditionnels qui ne veulent plus envoyer de renforts, voire remettent en cause la justification de l’intervention. Certes ce mouvement n’est pas sans arrière-pensée électorale et il n’est pas encore majoritaire en Europe. Mais il n’est plus marginal. Exemples…

En Finlande, alors qu’il existe un débat national sur l’opportunité de rejoindre l’OTAN, ce sujet pourrait être un des principaux thèmes de discussion des prochaines élections législatives. Le Parti social-démocrate est hostile à l’adhésion à l’OTAN et réticents à l’envoi de nouveaux renforts. Le gouvernement a déposé à l’assemblée un projet d’envoi de 50 soldats supplémentaires.

En République tchèque, les Socio-démocrates s’étaient très vite opposés au gouvernement de V. Klaus et M. Topolanek, pour bloquer l’envoi de renforts en Afghanistan.

En Allemagne, le SPD est devenu fort réticent à l’envoi de renforts supplémentaires, surtout depuis qu’il est passé dans l’opposition. Certes la défaite aux élections et la « concurrence » de Die Linke sur son flanc gauche expliquent ce revirement. Mais on ne manquera pas aussi de constater que cette position revient à une posture plus classique, d’une classe politique allemande, souvent rétive à l’envoi de la Bundeswehr dans des actions militaires offensives à l’étranger (cf. l’Irak).

En Belgique, si cette position est encore minoritaire au sein des partis socialistes, elle pourrait rapidement progresser dans l’avenir. La question ne se pose pas tant de l’engagement en Afghanistan que de la forme et de l’intensité de l’engagement alors que les armées sont engagées dans une restructuration importante (avec fermeture de casernes à la clé). L’ancien ministre de la Défense socialiste, André Flahaut, a – à plusieurs reprises – critiqué son successeur Pieter De Crem (CD&V), sur cette question.

Lire également :

  1. L’opposition sociale-démocrate CS refuse la mission en Afghanistan
  2. La stratégie de l’Otan en Afghanistan critiquée par un général allemand
  3. Un calendrier de retrait: la seule façon de gagner la guerre en Afghanistan

(crédit photo : armée néerlandaise)

(1) L’Afghanistan n’était pas la seule cause de discorde entre les partenaires de la coalition : l’âge de la retraite repoussé, les mesures de rigueur dues à la crise… ont sérieusement ébréché leur entente.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une pensée sur “Le gouvernement NL chute sur l’Afghanistan, un tournant de la guerre ?

  • 20 février 2010 à 06:31
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    Effectivement, la Belgique est également sur la pente savonneuse… La restructuration menée de façon précipitée et irréfléchie par le Ministre De Crem met les militaires en opérations dans une situation extrêmement dangereuse en termes de support logistique et de suivi des opérations. Un tel boulversement des structures ne peut qu’apporter des disfonctionnements. Si, abandonné à eux-mêmes suite au séisme de la transformation, les militaires belges devaient subirent des pertes, aucun doute que le gouvernement belge serait devant une situation politique encore plus fragilisée. A trois reprises, les troupes sont déjà passées très près de la catastrophe lors d’attentats. On peut donc dire que la Belgique est dans une situation encore plus scabreuse que les Pays-Bas.

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