EUTM Somalia : une nouvelle chaîne de commandement

EUTM Somalia : une nouvelle chaîne de commandement

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(BRUXELLES2) J’ai pu parcourir la décision définissant la mission EUTM de formation des forces de sécurité somaliennes. Elle n’offre pas
vraiment de surprise. Et les lecteurs du blog n’apprendront rien de vraiment nouveau quand elle sera publiée (1). En revanche, elle revêt un certain intérêt symbolique : c’est la première mission lancée sous le nouveau format issu du Traité de Lisbonne (par une proposition et sous le commandement du Haut représentant). Et c’est la première mission à innover avec une chaîne de commandement ramassée : le HR, le COPS (qui est présidé, rappelons-le, par un délégué du HR), le commandant de l’opération.

Première application de la chaîne Lisbonne

Le Haut représentant au coeur du contrôle de la mission. La décision a été faite par proposition du Haut représentant. Et c’est « sous la responsabilité du Conseil et du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » (HR), que le Comité politique et de sécurité (COPS) « exerce le contrôle politique et la direction stratégique de la mission militaire de l’UE » (article 5). Le HR fait ainsi son apparition dans la chaîne de contrôle politique (auparavant seul le Conseil avait compétence), de façon autonome et complémentaire au Conseil (qui reste en position de décideur). Le contrôle militaire de l’opération continue d’être confié au Comité militaire de l’UE (article 6). Quant à la cohérence de l’opération, elle est simplifiée à l’extrême : c’est le HR, et lui seul, qui « assure la mise en oeuvre de la présente décision et veille aussi à sa cohérence avec l’action extérieure de l’UE dans son ensemble, y compris, en sa qualité de vice-président de la Commission, avec les programmes de développement de l’UE. Le commandant de la mission de l’UE assiste le HR pour la mise en oeuvre de la présente décision. » (2).

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Un seul QG sur le terrain. Contrairement aux autres opérations militaires, la mission EUTM n’aura pas, en effet, d’OHQ (quartier d’opération) et de FHQ (quartier de force) mais un seul commandement, ainsi que le précise le projet de décision (article 2). Celui-ci sera basé sur place, en Ouganda, avec un « bureau de liaison » à Nairobi (où se trouve le quartier général de l’AMISOM) et une « cellule de soutien » à Bruxelles (article 3). Il sera intéressant de suivre exactement ce que fera exactement cette cellule de soutien, de combien
de personnes elle sera composée et son utilité au fil de la mission. Cet exemple sera-t-il suivi d’autres dans le futur ? Je n’ose pas parler de QG permanent (c’est tabou ). En tout cas, un lien direct entre la mission et l’autorité politique (à Bruxelles) ne peut être que bénéfique.

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Le budget de l’opération. Le financement en commun (sous le mécanisme Athena) se monte à 4,8 millions d’euros. Comme toujours, il a été assez discuté. Seront normalement pris en charge : « le logement des instructeurs de l’UE; les locaux de formation nécessaires à la réalisation de la mission; les infrastructures de base supplémentaires permettant de faire face à l’augmentation prévue du nombre de personnes en formation » (article 10 décision). A cela il faut ajouter les frais de personnel et de transport qui sont pris en charge directement par chaque Etat membre contributeur.

(1) Lire également: « Mission de formation des militaires somaliens, une étape franchie », les « Points essentiels » de la mission (remis à jour des éléments de cette décision) et une synthèse des principales étapes de l’élaboration de cette décision.

(2) On peut ainsi comparer avec le texte de la Mission anti-pirates EUNAVFOR Atalanta : « La présidence, le SG/HR, le commandant de l’opération de l’UE et le commandant de la force de l’UE veillent à coordonner étroitement leurs activités respectives pour ce qui est de la mise en oeuvre de la présente action commune. » (article 8).