Les préceptes de Catherine Ashton en matière de politique étrangère

Image 2-copie-1(BRUXELLES2) Lors de son audition, Catherine Ashton, la haute représentante aux Affaires étrangères, a légèrement éclairci sa future politique à la tête du service d’action extérieure et comme coordinateur du pôle « extérieur » à la Commission. Elle y a été plus précise que sur la politique de défense.

Priorité n°1 : mettre sur pied le service extérieur

Une occasion unique en une génération. Le service extérieur n’est pas « un simple exercice bureaucratique » a-t-elle assuré. C’est « un outil qui rassemble tous les éléments de notre engagement – politique, économique et militaire – pour mettre en œuvre une stratégie cohérente« . Ce sera bien différent de ce que peuvent faire les ministères » a-t-elle estimé. Mais c’est « une occasion qui ne se présente qu’une fois en une génération » a-t-elle ajouté.

Un statut sui generis. « Nous avons deux options : au sein de la Commission, ou sui generis. Atitre personnel, je penche pour un statut « sui generis » ». Ce qui rejoint d’une certaine façon les opinions des eurodéputés. Le Parlement européen sera, de toute façon, consulté tout au long du processus, « avant la décision du Conseil en avril », a-t-elle précisé.

Total contrôle du Parlement sur le budget. Ashton a aussi rendu les armes au Parlement, estimant que le SEAE « ferait l’objet d’un droit de regard complet de la part du Parlement« .

Mais pas d’audition des ambassadeurs de l’UE par le Parlement. « Ambassadeurs ou chefs de délégation, appelez-les comme vous
voulez
», cela doit rester de ma compétence seule, a souligné Ashton. « Je ne suis pas convaincue par l’idée que des auditions doivent être organisées pour les plus hauts postes« , a-t-elle expliqué répondant ainsi à la libérale belge Annemie Neyts. « Ce qui est important, c’est d’avoir une procédure de nomination, transparente ».

NB : cette position est parfaitement légitime pour les ambassadeurs ou chefs de délégation. Si le Parlement européen commence à organiser des auditions à chaque nomination d’ambassadeur, cela semble difficile à justifier, peu d’Etats européens procédant ainsi (aucun à ma connaissance). En revanche, pour les représentants spéciaux, qui sont comme leur nom l’indique « spéciaux », en nombre beaucoup plus restreint, et surtout dont la présence et le rôle sont définis par le Traité européen, l’audition par la commission compétente du Parlement européen peut se justifier.

Mon rôle : discuter dans l’ombre

Fédérer, pas opposer. Au niveau de l’Union, Catherine Ashton définit ainsi son rôle : « pas l’opposition. Mais plutôt fédérer les énergies, les volontés pour travailler ensemble ». La recherche du résultat, du consensus, sont des mots qui reviennent souvent dans sa bouche de même que la discrétion, la discussion.

Discuter discrètement, leitmotiv. Manifestement, Ashton préfère d’ailleurs l’ombre à la lumière. « Diplomatie tranquille, cela ne veut pas dire que je suis tranquille. Mais quand je discute avec des personnes discrètement, cela permet souvent d’atteindre mieux ses objectifs. Et cela permet à d’autres de prendre le crédit d’idées qui lui sont suggérées. Parfois sortir en public ne permet pas d’atteindre un résultat. Il faut trouver la démarche efficace selon le pays avec qui nous discutons. »

Commissaire et haut représentant, un distinguo subtil. « Je serai commissaire quand je viendrai vous présenter des dossiers de la Commission. Je serai le représentant du Conseil quand je viendrai rendre compte des débats au Conseil. » « Maintenant – a-t-elle reconnu – il faudra d’un point de vue logistique régler la question », reconnaissant ainsi que le distinguo n’était pas facile à opérer.

Conduire les autres commissaires dans le bon chemin. Le traité « est très clair« , Ashton a « autorité » sur les autres commissaires. « A moi de créer le cadre stratégique, cela relève de ma compétence, et de demander à la Commission de me rejoindre » explique-t-elle. Pour autant l’autonomie de chacun sera préservée : « Je travaillerais avec un groupe de commissaires avec une division du travail claire qui mettrait notamment l’accent sur la mise en œuvre comme en matière de développement par exemple« .

Une diplomate unilingue

Au niveau linguistique, on a pu constaté que Catherine Ashton n’a fait aucun effort. Même pas un petit mot en Français, en Allemand, en Espagnol ou en Polonais. Rien. Nada. Anglais, anglais, anglais, de bout en bout. Un « sérieux » problème pour un diplomate en chef, ont estimé, après coup, plusieurs députés. Mais aucun d’entre eux n’a eu la présence d’esprit de lui demander pourquoi…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).