La lutte contre la pauvreté, parent pauvre de l’Europe

(paru dans Ouest-France 25 janvier 2010) « Halte à la pauvreté ! ». Le slogan sous lequel se sont placées la présidence espagnole de l’Union européenne et la Commission européenne pour lancer, à Madrid, l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale 2010, est ambitieux. Effectivement, le constat est « alarmant », comme le rappelait, hier, le commissaire aux Affaires sociales, Vladimir Spidla. « Près de 80 millions d’Européens (soit 17 % de la population de l’Union) vivent sous le seuil de pauvreté ». Un sujet sensible dans l’opinion publique. Selon une récente enquête Eurobaromètre, 9 Européens sur 10 considèrent ainsi « souhaitable que leur gouvernement prenne des mesures d’urgence pour remédier » à la pauvreté.
La Commission européenne entend donc faire de cette année un atout pour “sensibiliser tout un chacun à cette problématique et donner un élan décisif à l’édification d’une société favorisant l’inclusion”. Différentes actions – concours pour journalistes, exposition artitistique, semaine thématique — seront organisées durant l’année dans ce sens. Mais passés les bons mots et éteints les lampions de cette séance d’inauguration, la réalité est autre. En 2000, les Chefs d’État et de gouvernement s’étaient engagés de donner « un élan décisif à la lutte contre l’exclusion ». Si élan il y a eu, il est resté peu efficace. Le taux de pauvreté il y a 10 ans se situait à 16% ! Un point de moins qu’aujourd’hui…Dans les faits, l’Union européenne n’a, en fait, ni la volonté, ni surtout les moyens d’agir. Selon les Traités, elle peut juste “encourager” les Etats membres à développer leur coopération, des échanges d’informations et de bonnes pratiques ou financer certains projets nationaux. Le Fonds social européen participe ainsi au financement des parcours d’insertion en France. Mais Bruxelles ne peut en cas légiférer ou “harmoniser les politiques” nationales. Et les Etats veillent à ce qu’il n’y ait pas de débordement. Dans les années 1990, le Royaume-Uni n’a ainsi pas hésité à saisir la juridiction européenne pour empêcher un programme européen de lutte contre l’exclusion trop ambitieux. Avec succès…

Seuil de pauvreté (brut – corrigé avec le pouvoir d’achat)

Luxembourg : 1484 euros – 1434 euros

Danemark :  1133 euros 817 euros

Royaume-Uni : 965 euros – 894 euros

France : 809 euros – 760 euros

Allemagne ;  781 euros – 760 euros

Moyenne européenne (**) : 697 euros

Slovénie : 466 euros  – 625 euros

Portugal : 366 euros – 435 euros

Lettonie : 127 euros – 228 euros

(*) Montant sous lequel un célibataire est considéré comme en risque de pauvreté = 60% du revenu médian (prestations sociales incluses). La première colonne indique le chiffre brut, la deuxième colonne en tenant du pouvoir d’achat (SPA)

(**) Sur 25 Etats membres, la Roumanie et la Bulgarie n’étaient pas encore membres de l’UE en 2006

Source : Eurostat 2006

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).