Afghanistan: la mission Eupol toujours en sous-effectif, pourquoi ?

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(BRUXELLES2) Alors que la communauté internationale est réunie, à Londres, au chevet de l’Afghanistan — pour la septième fois en neuf ans  ! (1) —, il est à craindre que les déclarations d’un jour ne restent lettre morte le lendemain. Les mois passent et peu de choses changent (2). Exemple : la mission de police en Afghanistan (EUPOL en Afghanistan) n’a ainsi toujours pas atteint sa pleine capacité, faute de personnel (à peine 300 sur 400 ont pu être recrutés), de disponibilité (pour ne pas dire de volonté) des Etats membres de l’UE à fournir les éléments manquants, du fait aussi des problèmes de logistique et de sécurité. Du coup, l’extension d’EUPOL dans toutes les provinces (3) est entravée comme l’a expliqué, lundi, Kees Klompenhouwer, le chef de la CPCC (l’Etat-Major civil de l’UE), devant les députés de la sous-commission défense du Parlement européen.

Salaires, logistique, forces de protection. « Je souhaite que la mission couvre tout le pays. Mais pour cela nous avons besoin de plus
d’effectifs »
. a ainsi expliqué Klompenhouwer. « Un effort a été fait pour que nos policiers soient mieux payés. Le per diem était trop bas. Il a été augmenté. » Mais cela ne semble pas vraiment suffisant pour attirer des vocations ! « Il faut aussi que les Etats nous fournissent des logements, de la logistique, des forces de protection pour que nous puissions aller das  les provinces où nous devons aller. Et c’est le problème. » On ne saurait être plus clair !

Pas d’accord avec l’OTAN. L’absence d’accord de sécurité entre l’UE et l’OTAN (à cause des problèmes turco-chypriotes) pose aussi quelque souci. « Nous opérons dans une zone grise ».

On est là pour au moins 5 ou 10 ans. Quant au relais par les forces afghanes, il ne faut pas rêver.  « Cela prendra plus de temps mais c’est
nécessaire
. » assure Klompenhouwer. « Franchement pour assurer le succès de la mission nous avons besoin d’un calendrier de 5 ans au moins, de 10 ans. Car le pays a été complètement dévasté en 35 années de guerre. Nombre de policiers, par exemple sont illettrés. » En attendant, ce n’est parfois pas évident. Ainsi il y a actuellement au sein du ministère de l’Intérieur afghan, 4 unités qui assurent de la collecte et de l’analyse de renseignements, de manière totalement indépendante et non coordonnée. « Une seule entité responsable serait
souhaitable
» considère le chef de la CPCC. Et EUPOL qui a reçu le « renseignement » dans son escarcelle de formation s’arrache les cheveux…

(1) Petersberg-Bonn 2001, Berlin 2004, Londres 2006 (compact), Rome 2007 (Etat de droit), Paris 2008, La Haye 2009

(2) Lire :Eupol Afghanistan: on progresse, lentement, trop lentement…
Une conférence convoquée pour résoudre les problèmes d’Eupol Afghanistan
Le plan d’action de l’UE pour l’Afghanistan et le Pakistan

(3) Lire : Missions en Iraq, Afghanistan… l’Europe recrute

 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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