Althea Bosnie: feu vert à une transformation en douceur de l’opération?

(crédit photo : Eufor Althea)

(BRUXELLES2) Les 27 ministres des Affaires étrangères se pencheront, mardi (une nouvelle fois !), sur l’avenir de l’opération militaire en Bosnie-Herzégovine (Eufor ALTHEA). La présidence suédoise semble décidée à passer aux actes et emporter un accord pour permettre la réduction du format de l’opération – passant de 2000 hommes à 200 – et la transformer en une mission d’assistance à la sécurité du gouvernement et de l’armée bosniaque. C’est plus que nécessaire. Hormis les passations de commandement, les tournois de football ou de volley, et les visites diverses, l’opération militaire n’a plus vraiment de justification, en soi. Ce point n’est contesté par personne, tant du coté diplomatique (UE et Etats membres) que militaire.

D’ici l’année prochaine de toute façon, les effectifs vont baisser de façon continuelle. La Bulgarie a annoncé ainsi qu’elle retirerait la grande partie de ses troupes (120). L’Italie (300), la Pologne (190) et l’Espagne (300) y réfléchissent sérieusement. Les nécessités d’emploi de force dans d’autres parties du monde – notamment en Afghanistan pour l’opération de l’OTAN – ainsi que la crise économique et budgétaire obligent, de toute façon, la plupart des Etats à faire des choix.

D’un autre coté, les pays de la région (Hongrie, Slovaquie, Autriche…) sont plus méfiants,mais ils semblent un peu seuls. Ils estiment peu opportun de baisser la garde et ont émis des réserves sur le projet suédois. Ils estiment peut-être, non sans raison, que le maintien de troupes, même à titre passif, est nécessaire pour la stabilité du pays, qu’il a un effet dissuasif. Pour eux, tout retrait serait un mauvais signe, un encouragement aux extrémistes de tous bords.

La présidence suédoise a ainsi préparé un projet d’accord qui “ménage la chèvre et le chou”. Il permet de parer à toute éventualité :  décroissance brutale des effectifs, aggravation de la sécurité, conservation de la seule opération de l’UE sous mandat Berlin Plus (avec les moyens de commandement de l’OTAN). Il s’inscrit également dans la perspective du processus d’adhésion de l’UE. Les 27 réaffirment ainsi le soutien plein et entier à “la perspective européenne de la Bosnie-Herzégovine” L’opération ALTHEA est “un volet important de l’action d’ensemble menée par l’UE en Bosnie-Herzégovine afin de soutenir un processus politique visant à permettre à ce pays (…) de continuer à aller de l’avant dans le processus d’intégration à l’UE” expliquent-ils.

L’avenir de l’opération – selon le projet de conclusions que j’ai pu lire – pourrait ainsi s’articuler autour de trois principes :

1) Lancement « dès que possible » d’une opération militaire « non exécutive » visant « un soutien au renforcement des capacités et à la formation. Celle-ci se déroulerait ainsi « dans le cadre de l’opération ALTHEA actuelle », « sous réserve de la mise au point des arrangements nécessaires ». Pour les 27, « la réforme du secteur de la sécurité constitue un volet important du processus global de réforme en Bosnie-Herzégovine ».

2) Maintien de l’opération militaire dans son format actuel. Les tâches exécutives de l’opération ALTHEA devraient « se poursuivre sous leur forme actuelle jusqu’au 17 novembre 2010 » (expiration de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies n°1895), donc, un peu, au-delà des élections prévues en Bosnie-Herzégovine pour octobre 2010. Même si les effectifs vont diminuer, l’essentiel est sauf : l’opération continue.

3) Possibilité d’un dispositif « résiduel » ensuite. L’UE est « prête à assumer un rôle exécutif au-delà de 2010, en vertu d’un mandat résiduel de l’ONU, si la situation devait l’exiger ». « Les moyens permettant de conserver une connaissance adéquate de la situation à l’aide des instruments pertinents de l’UE seront activement étudiés. » Ça ne mange pas de pain…

Commentaire : le feu vert politique est ainsi donné pour planifier et mettre en place la mission d’assistance à la sécurité et organiser la lente décroissance des effectifs.

(NVG)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).