Un Commissaire européen chargé de la gestion de crises ? Une idée à creuser

(BRUXELLES2) Avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne et le développement de l’Europe de la Défense, on peut se poser la question si la désignation d’un commissaire européen spécialement chargée de la gestion de crises et des questions de défense ne serait pas justifiée. Cela aurait un sens à la fois au niveau pratique et politique. Au niveau pratique, la tâche du Haut représentant apparaît très importante : couvrant à la fois le volet politique étrangère et de défense (comme aujourd’hui) mais rassemblant l’action communautaire et l’action inter-gouvernementale. Comment un seul homme pourra négocier avec les Iraniens ou les Israéliens, être présent tous les mercredis à la réunion de la Commission, présider une fois par mois le conseil des Ministres des Affaires étrangères, recevoir tous les missi dominici de la terre ou leur rendre visite, et diriger la petite dizaine de missions de gestion de crise, militaires et civiles, que l’UE a déployées de par le monde, souvent dans des régions “chaudes” (Afghanistan, Irak, Congo, Guinée-Bissau…) ? Un peu “too much” peut-être ! Il lui faudra se dédoubler…

Un deuxième homme appelé à seconder le Haut représentant dans toutes ses tâches pourrait être nécessaire. Même si la fonction n’est pas officiellement créée par le Traité. Mais de la même façon qu’il y a des vice-présidents de la Commission ou un secrétaire général adjoint au Conseil, on pourrait concevoir le poste d’un commissaire – très proche du Haut représentant – et appelé à le décharger de certaines tâches. Parmi les tâches qui pourrait être confiée à ce deuxième commissaire, on peut naturellement penser à la PESD. Car elle est à la fois le complément naturel de la PESC. Mais elle a aussi ses spécificités et ses contraintes qu’il importe de bien saisir et de gérer complètement. La nouvelle (petite) compétence de “sécurité civile” qui sera créée au niveau européen pourrait également lui être rattachée, ce qui ferait un portefeuille complet de la “gestion de crises” civile et militaire (ce qui est plus convenable pour une Commission européenne à dominante
civile, qu’un portefeuille sur “l’Europe de la Défense”). Avec le commissaire en charge du Développement et de l’Aide humanitaire, et celui en charge du Commerce, il y aurait ainsi un “cluster” assez logique de la nouvelle politique extérieure européenne.

La nomination d’un tel commissaire aurait un autre avantage : permettre une diversité géographique de l’approche de la politique étrangère européenne. On peut ainsi concevoir que si le poste de Haut représentant est occupé par un ressortissant d’un ancien État membre, celui-ci de commissaire à la “gestion de crises” pourrait être confiée à Commissaire venant d’un nouvel État membre. Un équilibre Nord/Sud pourrait aussi être approprié. De même on pourrait concevoir un certain équilibre politique Socialiste/libéral, par exemple.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).