Les 27 commissaires reçoivent leur cartable

(Archives B2) Attribuer un portefeuille à chacun des 26 autres commissaires européens aura sans doute occasionné quelques coups de fils et longues discussions à José-Manuel Barroso, le président de l’exécutif européen. Mais pas de grand drame

Certes la majorité des noms figurant sur sa liste ne diront rien aux Européens. Mais l’important n’est pas la célébrité mais le potentiel d’action souvent, la connaissance des dossiers éventuellement, et surtout le respect des grands équilibres. En ce domaine, peu de surprises.

La plupart des États ont obtenu le portefeuille correspondant à leurs attentes ou leurs intérêts nationaux. Comme attendu, et espéré, le Français Michel Barnier récupère ainsi le Marché intérieur. Un poste clé car il s’agit de veiller à la fois à la bonne régulation du marché et des services, notamment financiers. Un précepte oublié par son prédécesseur, l’Irlandais Charlie McCreevy. Et une revendication hexagonale. Il y a plus d’un an. Nicolas Sarkozy y songeait déjà à ce poste. Il avait ainsi confié à plusieurs journalistes en poste à Bruxelles vouloir un poste économique « fort » pour « son » commissaire.

A sa gauche, le Français trouvera le commissaire espagnol Joaquin Almunia, socialiste, qui aura en charge le puissant portefeuille de la Concurrence. Et à sa droite, le commissaire belge, et ancien ministre des Affaires étrangères Karel de Gucht, chargé du Commerce, ainsi que le commissaire finlandais, Olli Rehn, chargé de l’Economie et de la Monnaie. Ce quatuor, – quelle que soit leur étiquette politique – symbolise un subtil glissement d’une Europe à visée libérale à une « Europe qui protège » chère aux Français. Quant au portefeuille très convoité de l’Énergie, il a été confié à un Allemand, Günther Oettinger, plus connu dans son Land de Baden-Württemberg qu’ailleurs. Il « fallait une personne capable de s’entendre avec les Russes » avaient prévenu des proches de Barroso. Moscou peut être rassuré !

La pêche et les affaires maritimes ont été confiées à une Grecque, Maria Damanaki, qui est plutôt novice dans le domaine. « Mais elle apprendra », la phrase-clé. Quant à l’Agriculture, confiée à un spécialiste du domaine, le Roumain Dacian Ciolos. Elle permet … à la Bretagne d’avoir, elle aussi ‘ son’ commissaire, Ciolos ayant fait ses classes à Rennes.

La nouvelle Commission doit maintenant plancher pour réussir l’épreuve ultime. Le « grand oral » devant le Parlement européen est prévu à la mi-janvier. Gare aux mauvais élèves…

(Nicolas Gros-Verheyde)
Paru dans Ouest-France le 28 novembre 2009

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).