Les Russes dans Eusec Somalia, ce n’est pas, encore, tout à fait conclu…

(BRUXELLES2) Les Russes pourraient participer à la formation des soldats somaliens à Djibouti, annonçait triomphalement Bernard Kouchner devant la tribune de l’assemblée nationale le 7 octobre (lire ici), qui visait un accord bilatéral avec la Russie (un peu comme pour Eufor Tchad) (1). Apparemment, ce n’est pas vraiment décidé. Tout simplement. Car rien n’a été demandé concrètement aux Russes. « C’est surtout une idée de Bernard ! (Kouchner) » lâche un proche du dossier. Selon un diplomate présent à Moscou, la discussion entre Bernard
Kouchner et son homologue russe, Serguei Lavrov,
a été assez générale. En réponse à la demande française, le ministre Russe aurait simplement affirmé sa disponibilité à étudier toute proposition que pourrait lui faire parvenir la France dès qu’il y aurait une demande précise, un courrier. Mais, rien de plus. Lavrov a même un peu vanné son homologue français à propos des règles de livraison d’armes. Bernard Kouchner aurait, en effet, suggéré que les Russes pourraient fournir des armes car les Français, eux, ne le pouvaient pas, à cause des différentes règles d’exportation. « Vous savez. Nous avons les mêmes règles que vous » lui aurait rétorqué alors Lavrov, non sans ironie. On comprend donc que, interrogé par les journalistes lors du déplacement dans les Seychelles, le ministre français de la Défense, Hervé Morin, se soit montré plutôt (très) prudent : « J’ai eu le sentiment que la Russie était assez ouverte à la question ». On a connu plus enthousiaste ! D’un autre coté, les Russes sont très tentés de reprendre « pied » d’une manière ou d’une autre avec le gouvernement somalien qui a été une de leurs pièces maîtresses en Afrique (avec l’Ethiopie, ou plutôt en alternance). Lire aussi : la Mission Eusec Somalia se dessine

(1) Bernard Kouchner et Hervé Morin, avaient eu des discussions, à l’occasion de la session du Conseil de coopération franco-russe sur les questions de sécurité (CCQS), avec leurs homologues respectifs, Sergueï Lavrov (affaires étrangères) et Anatoly Serkioukov (défense), ainsi qu’avec le président Dmitri Medvedev. Des conversations qui avaient porté, selon le Quai d’Orsay, sur l’engagement russe dans différentes opérations de l’UE (Eufor Tchad et Somalie), et sur le nucléaire iranien, ainsi que sur le Moyen-Orient, l’Afghanistan et la Corée du Nord.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).