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Le lourd (et discret) tribut des policiers afghans : 10 morts par jour !

(BRUXELLES2) « Il y a en moyenne, à peu près 10 policiers afghans, tués chaque jour. »  Cette phrase hommage de Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères qui présidait le gymnich, la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Stockholm qui s’est terminée le 5 septembre, a échappé aux nombreux commentaires. Et c’est dommage. Ce rappel en forme d’hommage est sain. Car cette  hémorragie mine très sûrement, encore plus sûrement que les pertes subies par nos soldats, la stabilité de l’Afghanistan

Des pertes très discrètes… On parle, en effet, souvent des pertes internationales subies en Afghanistan. Beaucoup moins de celles des policiers afghans, qui sont en première ligne et paient cher – très cher -, leur engagement. Même si on peut discuter sur le chiffre donné par le ministre suédois (celui-ci me paraît un peu important au regard des autres informations disponibles, ou alors il ne tient compte que des dernières semaines ou englobe l’ensemble des forces de sécurité), les pertes subies par la police afghane (et plus généralement les forces de sécurité locale) donnent l’ampleur de la difficulté en Afghanistan pour stabiliser le pays et former une police moderne. Tâche à laquelle tente de s’atteler l’Union européenne avec sa mission Eupol, non sans difficultés (1).

Une hémorragie qui mine la stabilité. Quand on parle de rétablissement de l’Etat de droit, de formation des policiers, nous devrions prendre en compte cette donnée. Quel Etat normalement constitué pourrait ainsi tenir, face à une telle hémorragie ? Comment peut-il rétablir la stabilité alors que la substance moelle chargée de le protéger fuit ? Comment éviter la peur légitime et la tentation de ne pas “trop en faire” parmi ceux qui restent ? Comment attirer et former de nouveaux volontaires, si chaque jour, plusieurs d’entre eux meurent “au front” ? Des questions pratiques également : Comment indemniser aussi les familles des morts et les blessés ?
Comment assurer la protection de ces policiers (collective et individuelle) ? … Et une question difficile, stratégique, mais nécessaire si l’on veut – selon le mot d’usage – mener à bien “l’afghanisation” du conflit : quels moyens occidentaux doit-on mettre à leur disposition, sous leur commandement direct ? Là est peut-être, l’essentiel des questions qu’on doit se poser et des actions que les Européens
doivent développer, plutôt que davantage de renfort pour les forces militaires.

NGV

(1) Des difficultés très concrètes, lire “recrutement difficile”.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).