Le groupe socialiste et démocrate veut un Haut représentant, socialiste

(BRUXELLES2) Une audition d’un candidat à la Commission européenne par les eurodéputés est toujours passionnante. Car se révèlent des lignes de fracture qu’on ne soupçonnait pas toujours, ou des revendications qui n’avaient pas encore percées. Ce matin, au bâtiment Joszef Antall du Parlement européen à Bruxelles, cette tradition a été respectée. Le groupe socialiste est sorti un tantinet divisé de l’audition (Espagnols, Portugais, Polonais, Hongrois, Roumains, Slovènes et quelques Britanniques (des « loyalistes » !) soutenant le renouvellement du Portugais José-Manuel Barroso à la tête de l’exécutif européen ; les autres, peu ou prou le rejetant. Et certaines revendications ont émergé.

Martin Schulz, le leader du groupe Socialistes & Démocrates, a ainsi officiellement confirmé, mardi, devant la presse, à l’issue de l’audition une de ses revendications : « que le futur Haut représentant, vice-président de la Commission soit socialiste« . « L’actuel titulaire (Javier Solana) est actuellement socialiste. Et il est logique d’avoir un équilibre des pouvoirs au sein de la Commission. (…) Le rêve de la droite d’avoir une Commission tout à droite est dangereux », a-t-il expliqué. Une telle revendication n’avait été aussi nettement et clairement
exprimée. Lors des derniers débats en juillet, quand Martin Schulz avait mentionné une liste de portefeuilles qui devaient/pouvaient être confiés à des socialistes, il n’avait pas ainsi mentionné le poste de Haut représentant. Et, surtout, pour l’instant, il n’y a pas vraiment de candidat officiellement ou officieusement déclaré. Mais qu’importe : c’est la politique.

Barroso évasif. Lors de l’audition devant le groupe, José-Manuel Barroso s’est montré assez évasif cependant, selon plusieurs députés que j’ai interrogés. Il a ainsi estimé justifié un équilibre politique, mais pas automatiquement avec le Haut représentant, mais entre les trois têtes de l’UE – dans la version de Lisbonne -: c’est-à-dire avec le Président du Conseil européen notamment. Il n’a pas pour autant voulu s’engager plus avant estimant ne « pas avoir les moyens institutionnels pour exprimer plus qu’un avis ».

Socialistes pas contents. Ce que ne veut absolument pas Martin Schulz: « Le Parlement ne vote pas sur le président du Conseil. En revanche, il se prononce sur le choix du Haut représentant. Il est donc logique que l’équilibre politique se fasse sur ce poste ». Et ceci semble être une condition sine qua non. D’ailleurs, Schulz a indiqué « à titre personnel, je voterai contre la nomination de Barroso« . Et à un confrère qui l’interrogeait si la candidature du travailliste Blair au poste de président du Conseil européen le satisfaisait, il a eu cette
répartie ironique : « J’ai dit un socialiste. (…) Blair pour moi c’est le Premier ministre de la Grande-Bretagne. »

Qui ? En revanche quand on interroge chacun pour savoir quel serait le candidat idéal, socialiste, c’est le calme plat. Chacun regarde au plafond. « Un Allemand » lâche un de ses compatriotes. Steinmeier, l’actuel ministre des Affaires étrangères allemand et chef du SPD. « C’est le seul candidat effectivement » me confirme ce député. Mais c’est un peu tabou. Car officiellement, c’est Martin Schulz, le leader des Socialistes, qui vise le poste. L’Espagnol « Moratinos pourquoi pas » me répond mon interlocuteur qui, visiblement, n’y avait pas
pensé. « Ou alors un Premier ministre » ajoute-t-il. Il aurait l’autorité nécessaire. » Lequel… La boule à nomination tourne… Et « Kouchner, c’est un socialiste. Vous va-t-il ? » interrogeais-je ironique. « Ah non » répond une députée française. « Et puis Sarkozy a d’autres candidats en vue ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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