Bosnie : l’impasse politique bloque une évolution militaire

(BRUXELLES2) En venant devant la sous-commission parlementaire de la Défense du Parlement européen, le général Bentegeat – président du Comité militaire de l’UE – avait une vocation un peu pédagogique devant les députés présents, la plupart nouveaux officiants : dresser un tableau des opérations militaires dans lesquels l’UE est engagée. Il s’y est employé, avec d’autant plus de liberté, que c’est une de ses dernières apparitions devant la représentation démocratique. Le général devrait, en effet, passer le flambeau à son homologue suédois à l’horizon de novembre (nous y reviendrons). Même s’il ne l’a pas détaillé outre-mesure, on peut dire que une de ses principales préoccupations porte sur la Bosnie-Herzégovine. Un véritable casse-tête.

Le casse-tête politique de la Bosnie-Herzégovine. Tout le monde est d’accord pour constater que la « situation est calme et aucun risque sécuritaire n’est perceptible à court et moyen terme » et, même si le risque de résurgence de troubles existe, la force militaire européenne (2200 hommes sur place) n’a plus tout fait lieu d’être dans un pays qui se reconstruit et devra, un jour ou l’autre, intégrer l’Union européenne. C’est plutôt de l’ordre de la police. Par ailleurs, plusieurs Etats veulent dégager leurs troupes pour les mettre sur d’autres fronts. Tout concorde donc à un retrait maximal des troupes et la transformation de la force en « une mission de conseil et d’assistance aux armées bosniaques ». Mais le comité de direction du Peace implementation council (PIC) qui doit se prononcer, en novembre, sur la suppression ou non du Bureau du Haut-Représentant et la nomination d’un Représentant spécial (de l’UE) aux pouvoirs élargis, peine à le faire. Et « on peut aujourd’hui douter que cette décision soit prise. En effet, aucun progrès n’a été constaté depuis trois mois sur les dossiers majeurs suivis par le PIC, notamment le transfert des propriétés de l’Etat et de la Défense et le statut de Brcko ». Avec comme conséquence : un blocage supplémentaire et des implications militaires. « Si la décision n’est pas prise, il sera difficile pour l’UE de transformer EUFOR en une mission de conseil, car plusieurs Etats Membres considèrent que le Haut Représentant, tant qu’il est responsable, doit pouvoir bénéficier du soutien de la force militaire. » En revanche, les deux décisions n’étant pas liées, rien n’exclut que certains Etats membres – qui contribuent à la force – « une force déployée depuis 1995 », retirent leurs troupes « à la fin de cette année. (…) Ils l’ont déjà laissé entendre (la France notamment). Ce qui serait la pire des hypothèses. Ces retraits unilatéraux représentant un risque (…) pour la crédibilité et l’efficacité d’Althea » a déjà expliqué le général, reprenant les propos de Solana.

Lire aussi sur la position néerlandaise (mai 2009) ou sur les différents avis en présence (mars 2009)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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