Les Etats-Unis utilisent internet pour l’espionnage économique

Le Parlement européen a, entre les mains, un petit bâton de dynamite concocté par son Office d’évaluation scientifique et technique. Celui-ci vient de produire quatre études – qui devraient être débattues le 22 février par la commission des libertés publiques – et pourraient provoquer quelques remous dans les relations entre Européens ou avec les Américains. En effet, « depuis 1947, les États-Unis et le Royaume-Uni ont scellé un accord pour partager leurs capacités d’écoute sur tous les réseaux de communication. ». Objectif : bien sûr la lutte contre le terrorisme ou la criminalité mais surtout l’économie. En clair, l’espionnage industriel est au centre du dispositif, surtout depuis la fin de la guerre froide.

Une collaboration US-Britannique

Dans les années 1970, les deux pays-frères ont ainsi mis sur pied un réseau d’écoute mondiale, dénommé Echelon qui dispose de différentes bases d’écoute, dont deux au Royaume-Uni (à Chicksands et Cheltenham),  Internet, câbles sous-marins de téléphones, radio, rien n’échappe à Echelon qui dispose, souligne le rapport, de capacités suffisantes pour « avaler » toutes les informations transitant sur le réseau mondial. Les informations interceptées sont triées et codifiées, par type d’information (C pour les messages commerciaux, D pour les messages diplomatiques…) ou par pays (FRD pour la diplomatie française…). Dès qu’un enjeu économique est décelé, l’élément est transmis, après synthèse, aux services commerciaux intéressés, aux entreprises éventuellement.

Un espionnage commercial

Echelon a ainsi permis aux Américains de remporter quelques victoires commerciales d’envergure. Quand Airbus veut, en 1995, vendre des avions en Arabie saoudite, Boeing et Mc Donnel Douglas font une contre-offre et emportent le marché. Les Américains ont aussi pu suivre « de près» les négociations européennes sur les quotas de véhicules avec le Japon. Mais ce n’est pas tout !

L’obligation de logiciels

Pour faciliter l’accès aux informations, les Etats-unis, insiste le rapport, ont délibérément encouragé certaines technologies. Le FBI (le bureau fédéral d’investigation) a ainsi initié des législations télécoms dans de nombreux pays pour limiter le cryptage. De même, les principaux concepteurs de logiciels informatiques ont été fortement incités à inclure des codes dans leurs programmes permettant à la NSA – national security agency – de les décrypter aisément. 15 à 20 milliards d’Euros (plus de 100 milliards de FF) seraient ainsi engagés dans cette bataille.

Une attaque intolérable pour Bangemann

Ce dispositif met en évidence la Comint (communications intelligence). Sans codage, les moyens modernes de communication sont transparents face aux équipements de surveillance.  Pour l’ancien commissaire européen (chargé des télécommunications), l’Allemand Martin Bangemann, « si un tel système existe réellement, c’est une attaque intolérable pour les libertés individuelles, la concurrence et la sécurité des Etats ».

Nicolas Gros-Verheyde

(article publié dans France-Soir février 2000, augmenté des « rebuts »)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).