« La Tragédie géorgienne » par Salomé Zourabichvili


Georgienne par la naissance, diplomate française de profession, Salomé Zourabichvili se retrouve, en mars 2004, en quelques jours bombardée Ministre des Affaires étrangères du président géorgien fraîchement nommé, Micha Saakachvili. Elle découvre un pays d’origine qu’elle n’a jamais vraiment connu. Mais son entrée au gouvernement ressemble rapidement à un vrai parcours du combattant, semé d’embûches et de déceptions. Après la période enjouée de la « révolution des Roses », le quotidien géorgien se révèle rempli de chausse-trappes politiques. Et la diplomate est rapidement virée sans ménagement par le président. Devenue aujourd’hui un des leaders de l’opposition, elle garde de toute cette période, une certaine amertume qui transparaît dans l’écriture.

Mais cet ouvrage a le mérite de démonter les faux-semblants démocratiques et économiques du pays – ce qu’elle dénomme « le village Potemkine » -, la stratégie permanente de tension du président géorgien et son ego surdimensionné, et la complexité de la vie politique géorgienne, faite de retournements permanents.

Elle démonte la succession d’attentats, vrais ou faux, qui émaillent la vie publique de cette république du Caucase. “Comme cette grenade qui roule et n’explose pas, pratiquement au pied de la tribune présidentielle, sur la place emplie de monde (300 000 personnes ou plus)”, le jour de la visite de George Bush à Tbilissi, “à l’insu des services secrets américains et géorgiens”. “Elle sera découverte très opportunément une fois Air Force One dans les airs ! Par les services géorgiens qui auront démontré ainsi leur savoir-faire ! D’ailleurs leur
efficacité ne s’arrêtera pas là et, bientôt, ils arrêteront un pauvre garçon un peu demeuré qui, jusqu’à ce sjour, se demande dans une prison géorgienne ce qui a bien pu lui arriver. Mais, sans parents et sans défense, il apparaît comme la victime parfaite de ce traquenard !”

Sa galerie de portraits de Saakachvili, de ses proches comme des ténors de l’opposition, croqués parfois avec férocité, vaut le détour. Elle démonte “les apparences : une équipe jeune qui n’a pas connu le communisme, qui a été éduquée à l’étranger et qui peut se targuer de rupture avec le système précédent. La réalité n’est pas aussi simple. Les dirigeants de la révolution ont tous des liens avec le système précédent. Liens familiaux, liens financiers, liens politiques.”

Exemple : “Nino Bourjanadzé, la présidente du Parlement, 34 ans (aujourd’hui dans l’opposition), est une enfant de la Nomenklatura soviétique. Née en province, ayant fait ses études en Russie, au prestigieux MGIMO (Institut des relations internationales), elle est issue d’une famille qui a servi le régime, le Parti et l’URSS. Son père fait partie de l’entourage immédiat de Chevardnadzé, un de ses amis les plus fidèles au point qu’on la surnomme ” la filleule ” du Che. Ou encore ” la princesse du blé “, en référence aux milliards que son père aurait réalisés grâce au monopole sur les importations de blé, à la période noire de la Géorgie et en écoulant le plus souvent un blé frelaté.”

Maisle président géorgien, Mikhaïl Saakachvili n’est pas non plus épargné

• La tragédie géorgienne 2003-2008, Salomé Zourabichvili (Editions Grasset, Paris, 28 Avril 2009, 336 pages, 18 euros)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).