Un ancien de la DGSE à la tête de la commission Défense du Parlement européen

Un ancien de la DGSE à la tête de la commission Défense du Parlement européen

Share


(BRUXELLES2) Arnaud Danjean pourrait être le prochain président de la sous-commission « Défense et Sécurité » du Parlement européen (1). Si l’information était confirmée, cela marquerait une nouvelle dynamique
. Même s’il n’a que 38 ans, Danjean est un fin connaisseur de nombre de sujets, sur le terrain comme au niveau diplomatique, fort utile. Il pourrait imprimer aux débats sur la sécurité et la défense au sein de l’UE, une certaine vigueur et se révéler un digne successeur de Karl Von Wogau (l’Allemand de la CDU qui a imprimé sa marque à la commission). Mais dans un autre style…

Spécialiste du renseignement et des Balkans

Né en février 1971 à Louhans, diplômé de sciences politiques (en communication), Danjean entre à 24 ans à la DGSE et devient très vite un spécialiste des Balkans. Région qu’il ne quittera quasiment plus, de près – à Sarajevo, Pristina, Belgrade – ou de loin – à Paris ou Genève.

Il fut notamment chef de poste à Sarajevo en pleine négociation des accords de Dayton puis chargé à l’ambassade de France de la Bosnie-Herzégovine de pister les récents criminels de guerre (jusqu’à 1998). A Paris il travaille ensuite à la cellule Balkans du ministère de la Défense. Il participe aux discussions de Rambouillet sur l’avenir du Kosovo et devient conseiller auprès de Bernard Kouchner au Kosovo (à partir de juin 1999). Il revient à Paris comme conseiller Europe et Russie du directeur de la DGSE (2000-2002), puis à Genève, à la représentation permanente de la France auprès des Nations-Unies (2002-2004) où il s’occupe des relations avec les organisations humanitaires et internationales (CICR…). Détaché ensuite auprès de l’Union européenne, il revient au Kosovo, comme conseiller de Fernando Gentilini, le représentant personnel de Javier Solana (Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère) dans la région. Tous deux auront un accident de voiture, près de Mitrovica, plutôt grave. Gentilini doit être évacué.

Revenu à Paris en 2005, Danjean passe au cabinet de Michel Barnier puis de Philippe Douste-Blazy comme chargé des Balkans et de l’Afghanistan. Il participe aux travaux du groupe de contact Kosovo jusqu’en 2007, jusqu’à l’indépendance. Avant d’aller en politique se frotter dans son terroir, la Saône-et-Loire à un ténor de la gauche, Arnaud Montebourg. Election qu’il perd à 400 voix près. En mai 2009, il est élu au Parlement européen, porté par la vague « bleue » qui a envoyé à Strasbourg, une trentaine de députés UMP.

Bien connu au Kosovo

Danjean s’est illustré sur deux terrains. La Bosnie et le Kosovo. Et toute son activité oscille entre l’ombre et la lumière. Dans l’ancienne province serbe devenue indépendante, où il a fait de fréquents voyages (63 a-t-il décompté, d’une durée très variable entre 24 heures et 6 mois) il a ainsi été très proche de nombre d’intellectuels kosovars et de plusieurs dirigeants de l’UCK, auquel il a pu prêter assistance. Chez Hashim Thaci (un des leaders de l’UCK, devenu le Premier ministre de l’indépendance), il avait ainsi « porte ouverte ».

Mais, illustration de son talent et de son sens politique, il réussit à conserver une certaine confiance de Belgrade, faisant au moment de l’indépendance – comme auparavant – de nombreuses allées et venues entre les deux « capitales ». Charmeur, charmant, il n’a pas hésité à jouer tout le registre de la séduction. Et nul doute qu’il pourra encore exercer son talent au Parlement européen…

(1) La Défense n’est pas une commission à part entière du Parlement européen mais une section de la commission Affaires étrangères (AFET)