Quelques leçons des Européennes

(B2) Quand on voit les résultats d’élection européenne, les résultats sont clairs : le Parlement européen glisse encore plus à droite. La gauche (PSE, Verts, Ultra Gauche et communistes) ne rassemble que 35% des sièges environ. La droite classique (Parti populaire européen, nouveau parti eurosceptique, libéraux et démocrates) rassemble 61% des sièges. NB : Ce sont des chiffres à valider ultérieurement avec un classement provisoire de certains partis.

Quant à l’abstention, elle est moins prononcée que prévue. Deux points en moins par rapport à 2004. Mais le glissement reste continu. Et il faudra sans tarder étudier les moyens de rendre cette élection plus « attrayante », les enjeux plus clairs.

Le vainqueur toutes catégories est sans conteste le Parti populaire européen. Il creuse l’écart avec le Parti socialiste (environ 120 sièges, contre 70 aujourd’hui). Et ce n’est qu’avec la scission annoncée des eurosceptiques (conservateurs britanniques, tchèques) que cet écart serait ramené à 90-100 sièges. Il a donc le choix large des alliances. Et peut atteindre presque la majorité absolue avec juste les Libéraux ou le Parti eurosceptique.

A droite, toujours, le nouveau parti eurosceptique pourrait devenir le quatrième parti en importance – tout dépendra de son « champ de ramassage ». Il atteindrait ainsi environ 90 sièges.

L’extrême-droite qui arrive à s’implanter dans plusieurs pays, particulièrement au Royaume-Uni (avec 2 sièges), pourrait constituer un groupe. Même si en France et en Belgique, deux de ses bastions habituels, elle se tasse nettement (-5 points en Belgique, – 3 points en France). Tout dépendra en fait de la capacité des différents partis extremistes de s’entendre. Ils pourraient alors
franchir la barre des 25 députés nécessaires.

Les listes Libertas ne marchent pas. 0,92% en république Tchèque, moins de 5% en Irlande. Tout ce raffut pour rien.

A gauche, la chute du PS plombe les résultats.

Le Parti socialiste s’écrase quasiment partout, surtout dans les grands pays. Au Royaume-Uni, c’est la débâcle spectaculaire, passant de 22% à 15%, avec 11 sièges (-8 sièges) (**). Le gouvernement Brown subit l’usure du temps et la campagne des dépenses des députés qui lui a porté tort. La chute est générale partout où il est pouvoir, seul, ou en coalition : brutale au Portugal (-5 sièges) et aux Pays-Bas (-4 sièges), grave en Espagne (-4 sièges, -5 points), en Belgique (- 2 sièges) et en Allemagne (-1 siège mais à partir d’un résultat de 2004 déjà mauvais). Le PSE ne progresse qu’en Suède, Danemark, république Tchèque, Grèce. Le fait étonnant est la France aussi, où le PS dans l’opposition, qui avait jusqu’ici plus ou moins gagné toutes les dernières élections locales (régionales, départementales, municipales), avait normalement la voie libre. Mais, comme en 2002, comme en 2007, il échoue en élection nationale. Un échec aussi grave que celui des Britanniques. Car il n’arrive que péniblement à 16%, précédant les Verts d’une petite tête… En fait, le résultat est tout simplement inversé par rapport à 2004 (le PS avait fait près de 29% et l’UMP 16%).

Les Verts sont le grand gagnant à gauche, devançant maintenant nettement l’ultra-gauche, avec une bonne progression dans plusieurs pays : spectaculaire en France où la liste Cohn Bendit fait
jeu égal avec le PS (14 sièges), mais nette également en Belgique (+ 1 siège), en Suède (+ 1 siège), etc. Le groupe au PE pourrait atteindre (ou dépasser) les 50 sièges.

L’Ultra-gauche ne tire que peu profit de la crise. Son groupe reste avec un effectif semblable : un peu plus de 40 sièges.

Commentaire : S’il n’y a pas encore nettement un électorat européen, on peut cerner quelques tendances : face à la crise, les électeurs ont choisi un choix rassurant, le choix du bon père de famille, les Chrétiens-démocrates ; la personnalisation des listes (Cohn Bendit en France, Dedecker en Belgique, ) permet d’accrocher les votes. Et on cerne aussi des différences territoriales. Dans ce contexte, le choix du PSE – en ne présentant pas d’alternative au PPE, qui avait clairement indiqué son choix pour Barroso, voire en se ralliant à ce candidat – est une grave erreur : car elle donne l’assentiment qu’on partage la même politique, et elle va à l’encontre de l’électorat. En refusant la personnalisation du scrutin, croyant qu’avec quelques idées distillées deci, dela, cela suffirait.

(**) Prévision de la BBC

 (NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).