Géorgie, Afghanistan, Somalie… le rapport de la PESD présenté au Sommet européen

(B2) Le rapport de la présidence de l’UE sur la politique de défense européenne présenté traditionnellement au sommet européen est souvent l’occasion de brosser un tour d’ensemble à la fois des opérations et du développement des capacités militaires et civiles. Les lecteurs assidus de ce web ne seront pas vraiment surpris. Quelques éléments à noter (avec quelques ajouts…).

Les opérations

Géorgie (EUMM). « Depuis son déploiement, la mission a effectué près de 3 600 patrouilles, de jour comme de nuit » (EUMM est la seule force à faire des patrouilles de nuit – contrairement à la MONUG et l’OSCE – près d’un tiers des patrouilles ont lieu de nuit, ce qui selon un expert du dossier « permet de sécuriser mais aussi dédramatiser » les possibles incidents). Seul bémol : « les incidents fréquents rappellent encore que la situation à proximité de la ligne administrative reste instable. » Une volatilité que j’avais pu constater sur place en novembre dernier (lire le reportage). Deux points positifs néanmoins : « Une majorité des déplacés internes du conflit d’août ont pu regagner leurs domiciles et villages. (Et) la mission de l’UE a pris des mesures visant à éviter que les incidents ne débouchent sur un conflit, en concluant notamment des mémorandums d’accord avec les ministères de la défense et de l’intérieur de la Géorgie et en participant à l’établissement d’un mécanisme de prévention et de réaction en matière d’incidents (IPRM) » . NB : Un accord important qui permet de « déminer » par avance tout enchaînement d’incident. Faut-il préciser qu’avec le veto mis par la Russie à la continuation de la MONUG en Abkhazie et de l’OSCE en Ossétie (qui ont jusqu’au 30 juin pour partir), la mission européenne EUMM reste la seule mission internationale présente sur le terrain. Et la question de la prolongation de son mandat se pose (il se termine le 15 septembre prochain normalement).

Afghanistan (Eupol) : On sait que cette mission EUPOL a eu toutes les peines du monde, depuis des années, à se déployer… « La décision de doubler progressivement les effectifs de la mission est actuellement mise en oeuvre. » explique le rapport (NB : on en serait à environ 350 personnes recrutées environ sur 400). « La mission est déployée à Kaboul et dans seize provinces afghanes, au sein notamment des équipes provinciales de reconstruction et des commandements régionaux. Les préparatifs en vue de son déploiement vers les deux provinces orientales sont en cours. » La mision Eupol s’oriente plus généralement vers l' »Etat de droit au sens large : (…) la coopération entre la police et les services du procureur général, l’aide à l’élaboration des actes législatifs essentiels et l’encadrement des interlocuteurs clés au sein du bureau du procureur général et de la Cour suprême ». « Un important programme « formation des formateurs » a (égalament été lancé, qui porte notamment sur la formation des forces de police afghanes à leur mission et action lors des prochaines élections. L’objectif est de parvenir, grâce à l’effet de levier, à former 35 000 policiers d’ici les élections législatives de 2010. » Elle agit aussi pour renforcer la « police municipale de Kaboul et la
sécurité dans la ville, la réforme de la police, la police des frontière
s… ». NB : Il s’agit ainsi de bien se coordonner avec la nouvelle force de formation de police de l’OTAN, la NTM-A, qui aura une vocation plus directement opérationnelle, visant à former des forces de maintien de l’ordre et de sécurisation, avec intervention de plusieurs Etats membres participant à la force de gendarmerie européenne (Italie, France, Pays-Bas, Pologne, Turquie…). En gros, on a un partage assez classique vu de France, une force civile, urbaine et judiciaire pour Eupol ; une force semi-militarisée, rurale et dédiée au maintien de l’ordre pour la NTM-A.

Atalanta Somalie (Eunavfor). La mission « phare » de l’Union européenne est décrite en un nombre de paragraphes plus important. Beaucoup a déjà été dit sur ce blog (lire Atalanta 6 mois, premier bilan). Un seul point sur lequel j’ai peu insisté: la mise en place de « 10 accords cadres de coopération avec les forces navales d’autres Etats qui sont déployés dans la région » (NB : par exemple la Chine, la Russie, l’Arabie Saoudite, le Japon…).

Les autres opérations sont également détaillées.
Dans les Balkans : Althea Bosnie (et la question de l’évolution de son mandat), Eulex Kosovo (et son plein déploiement et le premier bilan, détaillé ici), Eubam Moldavie-Ukraine (qui fait son apparition au titre des missions de la PESD – jusqu’ici c’était une mission hybride, entre développement et défense) – Au Moyen-Orient : Eupol Copps Palestine (et son évolution vers une mission Etat de droit), Eubam Rafah (touours suspendue en attendant un accord des parties et la réouverture de la bande de Gaza), Eujust Lex Iraq (qui entame une phase pilote de déploiement hors de Bagdad, si la « sécurité » le permet)
En Afrique : Eupol RD Congo (son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2010, son extension vers le système judiciaire décidée depuis plus d’un an, l’établissement de deux postes dans l’est du pays – retardé par le climat de guerre de la fin d’année dernière – est désormais effectif à Goma et Bukavu) et Eusec RD Congo (la chaîne de paiement a été étendue à tout le personnel de l’armée, et la mission de EUSEC supervise des projets sur les droits de l’homme ou les infrastructures financées par la CE ou les Etats membres, et l’opération « prolongée jusqu’au 30 septembre 2009« ), ainsi que la mission de formation des armées de Guinée Bissau.

Les Capacités…

Au plan civil, le principal travail de ce premier semestre 2009 a porté sur « la mise au point et la mise en oeuvre d’un environnement logiciel « Goalkeeper » et la disponibilité des experts civils, avec l’établissement d’un « inventaire des disponibilités pour la réserve d’experts affectés aux équipes d’intervention civile. Un site web sécurisé a été présenté au début de 2009 (et il sera mis à la disposition des missions PESD … »

Au plan militaire, c’est la mise en place d’un réseau sécurisé destiné aux opérations de l’UE (UE OPS WAN) qui me paraît intéressante. « Une accréditation initiale et des services opérationnels pour le niveau SECRET UE ont été fournis à l’EMUE et aux EMO en France, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Grèce. Les EMF en Suède et en Allemagne sont en cours d’accréditation à l’OPS WAN. L’EMF en Italie doit être connecté l’année prochaine. » Et une étude sur l’interopérabilité de l’Etat-Major de l’UE avec l’OTAN ou Finabel est en cours. Sinon, le travail de « conceptualisation » continue avec la mise au point d’un « concept sur les opérations spéciales« ,  la mise à jour des « concepts de réaction rapide ». La mise à jour du concept de réaction rapide aérien et maritime est entamé, l’examen de la nécessité d’un concept de réaction rapide terrestre.  Enfin, avis aux amateurs, il manque encore quelques Etats membres pour prendre le tour des garde des Battlegroups en 2012 (entraînement assuré, efficacité limitée -;)…

Télécharger le rapport en français / en anglais

 (NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).