Franco Frattini candidat comme Haut représentant avec Carl, Jaap et les autres

(BRUXELLES2) Le jeu des candidatures et des chaises tournantes est commencé. Comme la présidence du Parlement européen – dévolue à un membre du parti majoritaire, le PPE – risque d’échapper aux Italiens et pourrait profiter au Polonais Jerzy Buzek – soutenu à la fois par plusieurs pays d’Europe centrale, la France et l’Allemagne… (ce qui fait beaucoup) ; l’Italien pourrait retirer sa candidature (C’est plus élégant que de subir une défaite).

Quel rapport avec le poste de Haut représentant ? Tout simplement car, en échange, le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi revendique ce poste pour son ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, ancien commissaire européen à la Justice et l’Intérieur, voire d’ici un an la présidence de l’Eurogroupe pour son ministre des Finances, Giulio Tremonti. Les Polonais sont tout disposés à soutenir cette candidature italienne (au poste de Haut représentant) qui dégage la voie pour leur poulain. De même, qu’ils sont disposés à ne plus prétendre au poste de commissaire au Marché intérieur, pour obtenir le soutien de la France (qui guigne ce poste officiellement). Vous suivez ?

Pour autant, la candidature de l’Italien au poste de Haut représentant n’est pas acquise. Car le poste de Haut Représentant est aussi convoité par des (non)candidats tout aussi sérieux (j’oserai dire plus sérieux) :

  • – par les Suédois, Carl Bildt, actuel ministre des Affaires étrangères (conservateur) : sa candidature a été un peu « plombée » par de récentes prises de position, peu « diplomatiques », notamment en faveur de l’élargissement à la Turquie, peu appréciées dans plusieurs capitales, notamment à Paris et La Haye. L’intéressé a confirmé qu’il n’était pas candidat : « trop occupé« .
  • – les Néerlandais, Jaap De Hoop Scheffer, ancien secrétaire général de l’OTAN, ancien ministre des Affaires étrangères CDA (chrétien-démocrate) : « pas du tout candidat » mais disponible.
  • – voire les Français, Michel Barnier ou Bernard Kouchner… : « il est trop tôt » ou « enfin, quelle idée« .

Et d’autres encore à venir ! Les Belges, par exemple, candidats à rien, mais toujours prêts à rendre service « s’il le faut », ont un ou deux « bons » candidats en réserve: Louis Michel ou Guy Verhofstadt, par exemple (dans la logique politique belge, ce serait davantage le Flamand que le Wallon d’ailleurs qui pourrait emporter la mise). A noter que les Finlandais, un moment tentés par le poste, ont raccroché le tablier. Olli Rehn viserait plutôt un poste de commissaire « développement », selon Helsinki.

Un Espagnol à la tête de l’Europe ?

Du coté de la future présidence du Conseil européen, nouveau poste créé par le Traité de Lisbonne, Silvio Berlusconi – jamais avare de déclarations, même contradictoires – a annoncé soutenir la candidature de Tony Blair (l’ancien Premier ministre Britannique) à la présidence de l’UE, afin de se garantir le soutien britannique en retour de ses prétentions. Mais, au cas où…, il a gardé une poire pour la soif avec une candidature italienne pour le poste de président du Conseil de l’UE, en la personne de Giuliano d’Amato, ancien président du Conseil (socialiste). Vous suivez toujours ? …

La candidature qui a la cote en ce moment serait cependant plutôt à chercher du coté du socialiste espagnol Felipe Gonzalez. Son compatriote, Javier Solana, l’actuel Haut représentant, s’est départi, lundi devant quelques journalistes, de sa traditionnelle réserve, pour estimer que Gonzalez avait « l’énergie et la capacité pour faire ça« . Une déclaration qui va dans le sens du momentum politique. Au dernier sommet européen, vendredi à Bruxelles, le président français Nicolas Sarkozy a refusé de confirmer son soutien à la candidature de Tony Blair.

Un silence surprenant quand on sait qu’il n’hésitait pas auparavant à citer cette candidature comme « le meilleur » pour le poste. Et la définition qu’il a fait du poste ne milite pas vraiment en faveur du Britannique. « Si nous avons Lisbonne, le premier président stable pour deux ans et demi de l’Europe, c’est un choix qui parlera extrêmement fort. Sa nationalité, sera-t-il d’un petit ou d’un grand pays, son expérience, son engagement européen, sa famille politique ? » a expliqué Sarkozy.

Est-ce la dérouillée qu’ont subie les travaillistes, ou la crise financière, qui ne militent plus vraiment pour la candidature britannique ; en tout cas, celle de l’Espagnol a une logique propre. L’Espagne sera le premier pays, après l’entrée en vigueur (présumée) du Traité de Lisbonne, à devoir renoncer à présider le Conseil de l’Union européenne. Il serait juste que le premier Président soit Espagnol. Au moins pour les deux années et demi du premier mandat. Pour le mandat suivant, rien n’interdit un autre candidat, y compris Tony Blair…

Un équilibre à rechercher entre grands et petits pays

Détaillons les critères qu’a donné Sarkozy de la prochaine répartition :  « Tout ceci devra se construire dans le cadre d’un équilibre : Président de Commission – si c’est M. Barroso, plutôt petit pays, sans porter atteinte au Portugal – le Haut représentant, Vice-président de la Commission et le Président du Conseil. Tout ceci se
discute. (…) Ce que je souhaite, c’est qu’il y ait à ce moment-là un accord d’ensemble, vous voyez, un équilibre. Une famille politique ne pourra pas avoir tous les postes, ce n’est pas possible, ce n’est pas raisonnable
. »

Dans cet esprit, les postes de Haut représentant et de Président du Conseil européen se répartiraient entre les familles politiques « libérale » et « socialiste », et l’un au moins de ces postes proviendrait d’un grand pays. C’est notamment avec, à l’esprit, ces critères qu’il faut relire la liste des candidats au poste de Haut représentant.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).