Elections européennes. Premier tableau complet des groupes politiques (exclusif)

(BRUXEELES2) Pour évaluer la composition des groupes au Parlement européen, je me suis livré au petit jeu des « camemberts » en reprenant certains chiffres du Parlement européen. Mais en tentant d’effectuer des classements, très très provisoires. C’est donc plutôt une image instantanée, parcellaire. Mais elle donne une singulière idée des enjeux. Et des batailles de coulisses qui vont se dérouler durant les jours qui suivent (et sans doute jusqu’à la plénière) dans les coulisses du Parlement.

Attention ! Certains rattachements sont « autoritaires » : j’ai ainsi divisé le parti démocrate italien en deux parts égales (PSE et Libéraux, la répartition définitive pourrait être différente). D’autres sont faits selon les indications que m’ont données directement les partis ou individus concernés, ou en examinant leur programme ou leur indication de sensibilité. Il en est ainsi du Parti des pirates, de l’indépendant estonien et régionalistes britanniques qui pourraient aller chez les Verts, des chrétiens-démocrates finlandais au PPE, de la minorité russe à Gue, etc. Les rattachements réels pourront être différents. La chasse aux députés « non rattachés » est donc entamée. L’enjeu est important pour plusieurs partis : pour exister tout simplement pour l’extrême-droite, pour grossir (Verts et Libéraux), pour éviter le plongeon (Socialistes), pour viser la majorité absolue, avec l’appui d’un autre groupe (Chrétiens-démocrates), pour talonner ou dépasser les libéraux (conservateurs eurosceptiques).

Quelques leçons peuvent en être tirées :

  • 1° Le Parlement européen est très nettement ancré à droite idéologiquement, aux 2/3 contre 1/3 à gauche.
  • 2° Le PPE malgré la défection du groupe des conservateurs obtient un tiers de l’assemblée. Et il lui manque juste quelques voix pour constituer avec les Libéraux une coalition disposant de la majorité absolue au Parlement. (pour atteindre celle-ci avec les néo-conservateurs, c’est plus difficile).
  • 3° Le nouveau groupe conservateur talonne le groupe des Libéraux mais ne l’atteint pas et ne pourrait donc pas atteindre la place de troisième groupe de l’assemblée. D’autant que j’y ai fusionné les anciens groupes Id-Dem, Uen et les eurosceptiques du PPe qui le quittent. Mais tout ce beau monde risque d’avoir du mal à s’entendre (Ukip et Tories par exemple). Le chiffre annoncé parait donc un maximum. C’est le groupe qui paraît le plus « friable ».
  • 4° L’alternative de gauche proposée par Cohn-Bendit peut être jouable : Verts, Pse et Gue totalisant à peu près le même chiffre que le PPE. Ils se retrouvent donc à égalité de jeu. Dans ce cas, ce sont les Libéraux et Démocrates qui ont la clé des Alliances. Si on suit une ligne idéologique, il y aurait une logique au rassemblement ALDE-PPE. A moins que le PPE ne préfère jouer la tranquilité et la continuité, en choisissant l’alliance avec le PSE. Ce qui serait pour ce dernier sa seule chance d’exister… Mais aussi un peu le baiser de la mort.
  • 5° Pour contrer Barroso ce sera difficile – à moins d’un rattachement d’une nette majorité de chrétiens-démocrates (des grands groupes (suivez mon regard du coté du couple franco-allemand) – car il y a une nette majorité conservatrice. Et Barroso doit certainement davantage contenter les Eurosceptiques que d’autres candidats. 6° L’extrême-droite frôle le nombre de députés pour constituer un groupe (25) mais ne réussit pas à l’atteindre. Ce même si le Parti de la liberté néerlandais de Wim Wilders s’y rallie. Il faudrait en fait que la Ligue du Nord italienne s’y rallie – ou obtenir d’autres ralliements – pour atteindre le chiffre minimum nécessaire. Et encore à supposer que tout ce monde s’entende (ce qui est un autre problème et a pesé dans le pesé contre le groupe : on se souvient des discussions entre les Allemands et les Français ou plus récemment du « claquage » de porte des Roumains après des insultes… racistes des Italiens).

© NGV

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).