Atalanta. Six mois après, premier bilan (2). Une opération à trois facettes

(BRUXELLES2) L’opération EUNAVFOR Atalanta a trois fonctions principales : la protection des bateaux du PAM,  .

1) La protection des bateaux du PAM

La mission prioritaire de « Eunavfor Atalanta » est d’assurer l’accompagnement des bateaux du Programme alimentaire mondial (PAM) qui acheminent l’aide humanitaire à la Somalie. Une tâche jusqu’alors assurée par des États individuellement (France, Pays-Bas, Canada). Mais on se souvient des difficultés que rencontrait le PAM, il y encore quelques mois, obligé de quémander auprès de chaque État, à tour de rôle, leur assistance et leur protection pour escorter ces bateaux. EUNAVFOR dispose aujourd’hui des moyens pour assurer cette mission. Ce qui n’est pas un mince succès.

Début mai, plus d’une vingtaine d’escortes vers la Somalie ont ainsi pu avoir lieu, délivrant 130 000 tonnes de nourriture, permettant de nourrir chaque jour environ 1,6-1,7 millions de personnes. Une escorte d’un bateau du PAM a également eu lieu vers la Corée du Nord, en début de mission.

2) La sécurité des navires marchands “vulnérables”

La deuxième mission d’EUNAVFOR est d’assurer la sécurité des navires marchands « les plus vulnérables ». Bien sûr, avait expliqué le contre-amiral Phil Jones, lors du démarrage de la mission : « Nous ne pouvons pas prétendre, avec quelques navires, éradiquer la piraterie. Mais nous ferons une contribution utile à la lutte contre le phénomène ». Cette mission se trouve aujourd’hui remplie de deux manières.

La mise en place d’un double corridor « sécurisé ». Un corridor était déjà en place avant EUNAVFOR, il a été déplacé, plus loin des côtes yeménites, pour éviter des attaques surprises, et double avec un couloir descendant et un couloir montant.

Des escortes en convoi, pour les bateaux plus vulnérables. Une centaine de navires marchands ont ainsi pu être accompagnées lors d’une vingtaine d’escortes. Même si tous les navires escortés ont pu ainsi échapper aux attaques de pirates, ceux-ci n’ont pas hésité, parfois avec succès, à s’en prendre à des navires, proches de ces convois.

Le travail se fait en étroite coordination avec les autres forces présentes dans la zone, comme la coalition anti-terroristes, dont le QG est à Bahreïn (US Navy) ou de l’OTAN (qui a une « force permanente maritime » (SNMG) dans la zone). « Nous partageons des informations, des renseignements sur l’activité des pirates » explique le Contre-amiral Jones. Ces informations transitent par un « chat » informatique sécurisé. Les escortes sont notamment menées de concert avec les autres navires des forces présentes dans la région (CTF, OTAN, Russie, Inde…).

3) La dissuasion de la piraterie

La troisième mission est d’assurer la dissuasion et l’arrestation des pirates. Un objectif qui, sans être prioritaire, est devenu aujourd’hui une des clés du succès de l’opération. Certes le nombre d’attaques pirates est en hausse continue depuis un an. Mais deux éléments permettent de jauger l’efficacité de l’opération. D’une part, le taux d’attaques « réussies » a diminué. De presque un sur deux, il est passé à un sur quatre au premier trimestre. D’autre part, le nombre d’arrestations et de remise en justice est conséquent.

Enfin, ainsi que l’a annoncé, le premier commandant de l’opération, Phil Jones, les forces multinationales avaient détruit 4 bateaux-mères début mai. Le tout a été réalisé sans effusion de sang. Malgré les risques d’intervention, l’opération n’avait causé en six mois que trois blessés (1 marin et 2 pirates). Toutes les autres opérations durant la même période de temps se sont soldées par des décès de pirates. En revanche, Atalanta ne mène normalement pas de mission de recherche de pirates, ou de libération d’otages (cf. encadré).

(Nicolas Gros-Verheyde


Prises d’otage : zone nationale

L’intervention militaire en cas de prise d’otages appartient uniquement à l’État du pavillon. Peu de pays ont utilisé la force, la grande majorité préférant négocier. Deux pays font exception : la France et les Etats-Unis. Dans une opération épique, début avril 2008, après la libération des otages du Ponant (un navire de croisière de la CMA-CGM) par versement de rançon, elle intervient directement sur le territoire somalien pour récupérer les pirates et une partie de la rançon. Six pirates sont rapatriés sur Paris pour être jugés. A nouveau, en septembre 2008, après la capture d’un voilier de plaisance, le Carré d’As, les commandos marine interviennent, libèrent les otages et arrêtent six pirates (un septième est tué dans l’opération. Troisième intervention, en avril 2009, sur un voilier de plaisance, le Tanit. Les otages sont libérés. Mais un décède dans l’opération, ar tir non identifié officiellement (même si l’origine semble être française). Deux pirates sont également tués et trois autres arrêtés. Dans ce type d’opérations interviennent normalement les moyens militaires des États concernés, sous leur propre pavillon. Mais d’autres navires interviennent en soutien. Ainsi durant l’opération sur le Tanit, un navire allemand, le Mecklenburg-Vorpommern – qui disposait d’un bloc chirurgical, a été prépositionné en soutien.


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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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