Cinq ans après. L’élargissement vers l’Est: la vraie richesse pour l’UE?

(BRUXELLES2 / Ouest-france.fr) Ignoré par certains, craint par d’autres, l’élargissement aux pays d’Europe centrale, ex-communistes, n’a pas été l’apocalypse annoncé. Au contraire…

Certes dans ces pays, les niveaux de vie restent encore différents. Et les risques d’un certain « dumping » fiscal ou social existent. Mais l’évolution économique est rapide. Et l’effet de rattrapage est visible. En cinq ans, l’écart entre les niveaux de vie de l’Ouest et l’Est tend à diminuer. Le nombre de délocalisations de l’Ouest vers l’Est s’est limité.  Et le mouvement d’immigration subit un mouvement de balancier. Les « plombiers » Polonais et « médecins » Slovaques rentrent au pays, suivant un même processus que leurs homologues espagnols ou portugais vingt ans plus tôt. Dire que ces pays menacent l’équilibre communautaire est donc exagéré.

Certes la question du nombre et de la traduction reste un casse-tête permanent. Passer de 11 à 23 langues officielles n’est pas une sinécure. De même, tenir des réunions à 27 fait perdre beaucoup de convivialité. A raison de quelques minutes par personne, un simple tour de table prend une heure et demie ! Mais politiquement, l’Europe n’a pas ralenti son rythme d’intégration. Le délai pour adopter un texte européen  n’a pas augmenté. Au contraire, le nombre impliquant une discipline plus grande, les experts ont pu noter que le nombre d’accords en « première lecture » a augmenté. Bref, l’Europe ne fonctionne pas plus mal…

Au niveau politique, les dix nouveaux États membres se sont fondus dans le paysage. Peu à peu, ils ont découvert les subtilités et arcanes du jeu communautaire. Et, comme tous les autres États, plus anciens, ils savent que pour défendre leurs intérêts, il faut avoir des alliés, de préférence de « Grands ». Il n’y a ainsi plus un bloc aussi compact des « Nouveaux » face aux « Anciens ».

Mais des positionnements qui obéissent à une position géographique et u une situation économique. La Slovénie est très proche de l‘Autriche dans sa préoccupation environnementale ; la Pologne et la Roumanie défendent la politique agricole commune comme la France ; les Tchèques se montrent d’ardents libéralisateurs du marché, comme les Britanniques, tandis que les Hongrois sont proches d’un modèle social démocrate. Et presque tous luttent pour qu’on ne touche pas aux financements européens, à l’image des Espagnols ou des Grecs.

Sur certains sujets, l’élargissement a même été un élément de renforcement de l’Europe. Ainsi, face à la Russie, les États ex-communistes apportent une réelle valeur ajoutée car ils connaissent mieux que quiconque le double jeu russe. Et sans leur présence, nul doute que l’Europe n’aurait pas pu trouver un positionnement aussi ferme. En outre, leur insistance à sécuriser l’approvisionnement énergétique a été un élément moteur du « paquet climat »., Même en matière militaire, leur présence devient primordiale. Sans la participation des Polonais, au Tchad,
l’opération de l’Europe de la Défense des camps de réfugiés n’aurait pas ainsi été possible. A vrai dire, vu les réticences nombreuses des Britanniques, des Néerlandais ou même… des Allemands à la construction européenne, il est plus sûr de compter sur les “nouveaux” Etats membres pour faire l’Europe de la Défense, que sur des “anciens”.

Dire que l’Europe fonctionne moins bien du fait de l’élargissement relève donc davantage d’un postulat politicien que de la réalité. Si l’Europe paraît en panne aujourd’hui ce n’est pas la faute des dix nouveaux mais plutôt des anciens qui se chamaillent et n’arrivent plus à faire les pas et les concessions nécessaires. Les sources de blocages sont davantage à chercher à Berlin, La Haye, Londres… ou Paris qu’à Varsovie ou Bucarest.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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