Course aux pirates : arrêtons les enfantillages de cour de récréation

(B2)La récente déclaration commune des ministres des affaires étrangères néerlandais et américain est exaspérante. Elle illustre pleinement le gros défaut des opérations internationales anti-piraterie qui se déroulent actuellement dans l’Océan indien et le Golfe d’Aden, particulièrement au niveau des Européens (et plus généralement des Occidentaux).

Le gros défaut des Européens et des Américains : leur division. Les Européens participent, en effet, à des degrés divers à au moins trois opérations similaires, voire concurrentes (Eunavfor, Otan, CTF 151, sans compter la CTF 150 et les présences nationales – française et américaine à Djibouti notamment). Toutes ces opérations ont le même objectif, rassemblent grosso modo, les mêmes intervenants (à tour de rôle) mais se déroulent, l’une à coté de l’autre, sans vraiment de coordination (autre qu’opérationnelle sur le terrain). Chaque organisation et chaque responsable politique cherche à tirer la couverture politique de l’opération vers lui, sans tenir compte de ce que fait le voisin (ou en faisant semblant de l’ignorer).

La schizophrénie guette le ministre néerlandais. On peut ainsi se demander dans quelle mesure le ministre néerlandais, Verhagen (comme quelques ministres européens), ne tourne pas un peu schizophrène ! Dans le cadre de l’Union européenne, les Pays-Bas vont envoyer une frégate (au mois d’août) qui sera couverte par les accords juridiques signés par l’UE (notamment avec le Kenya et Djibouti), dont Verhagen connait pertinemment l’existence, tous les tenants et les aboutissants, puisqu’il y a participé (tous ces textes ont été discutés à de multiples reprises à Bruxelles dans le cadre de plusieurs comités, notamment entre les ambassadeurs du COPS, le comité de politique et de sécurité, dont l’ambassadeur néerlandais). Et, dans le cadre de l’OTAN, pour faire “plaisir” à ses alliés américains, Verhagen préconise de demander à l’OTAN de reprendre une nouvelle démarche identique… Le plus simple (et le plus économe pour les deniers publics) ne serait-il pas d’avoir une seule opération, coordonné par un seul opérateur, au moins entre les Européens.

 (NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).