Vers un partage des tâches entre la PESD (UE) et l’OTAN. Quelle idée!

(BRUXELLES2) Un partage des tâches plus précis entre les deux organisations. Tout le monde en parle. Mais peu d’hommes politiques s’avancent sur la question. En sachant que c’est un terrain miné. Le débat, souvent, se termine par une formule vague : « on ne peut pas définir par avance des compétences, c’est au cas par cas ». Cette position est un peu facile, trop facile et surtout dangereuse. Car elle me paraît contenir des non-dits qui conduisent à une confusion à moyen terme, nuisible aux deux organisations et à l’Europe en particulier. Chaque organisation apporte certains avantages (et inconvénients). Et d’esquisser donc un partage des lignes de forces (non des faiblesses).

La « marque de fabrique » de l’UE, son principal atout, est incontestablement sa capacité à intervenir dans quasiment toutes les régions du monde, même (surtout?) les situations politiques les plus complexes (Afrique, Asie, Moyen-Orient…). Sa multiplicité d’opinion à l’intérieur même des Etats membres lui procure une certaine « impartialité ». Ses différences historiques lui permettent – quand on rassemble les 27 – d’avoir une connaissance et une approche de quasiment toutes les régions du monde qu’aucune autre puissance ne peut réunir. Enfin son caractère « friendly », « moins agressif » que l’OTAN lui permet d’être appréciés par la plupart de partis en conflit. De ce fait, elle trouve sa meilleure expression dans les missions de stabilisation de la paix, d’autant plus quand des éléments militaires et civils se chevauchent dans le temps ou dans l’espace (Proche Orient, Grands lacs, …). Elle est aujourd’hui en capacité de mener des opérations, autonomes, d’une importance certaine, d’ordre militaire (Tchad, pirates…) ou civil (Kosovo), et même naval (anti-pirates). En revanche, ce n’est pas une organisation militaire. Et ce ne pourra pas l’être pour un certain temps (tant qu’il y aura en son sein des pays dont la neutralité ou le non-interventionnisme est inscrite au coeur de leur tradition nationale … et de leur Constitution).

La principale force de l’OTAN est son imprégnation militaire et l’intégration des différentes forces européennes et sa principale mission est la défense du territoire européen (on l’a peut-être un peu vite oublié). Son principal atout (et inconvénient) est d’avoir la force américaine (USA et Canada) en son sein. C’est cette « efficacité » qui a permis une intervention décisive dans les Balkans dans les années 1990 – là où les Européens pour diverses raisons, y compris les plus sordides, se refusaient à intervenir. C’est en son sein que devraient continuer à se forger, s’entraîner et se moderniser les armées des différents pays alliés. C’est sur le terrain européen tout d’abord que devrait continuer à évoluer son action, en priorité (Balkans, Caucase,b Méditérannée…). C’est une force mixte Otan-Russie, par exemple, qui aurait dû être déployée en Géorgie après les évènements d’Ossétie et d’Abkhazie… en 1992-1993 ! C’est en son sein que devrait être étudié et déployé (ou non) un bouclier anti-missiles. Et non par le biais d’accords bilatéraux comme l’ont négocié Polonais et Tchèques (1). En revanche, les interventions tout azimut dans le monde entier devraient être employées avec parcimonie.

NB : Si la mission que remplit l’OTAN en Afghanistan (FIAS) avait pu être confiée à l’UE, nous n’assisterions sans doute pas à cette dérive aujourd’hui inquiétante d’une extension sans fin des opérations militaires. Et cela fait longtemps que la question de son arrêt ou de sa baisse aurait déjà été posée… et résolue (lire sur l’urgence d’étudier une porte de sortie).

(1) Accords qui sont, à mon sens, ce qu’on pourrait qualifier une « tentative de contournement » de la solidarité européenne.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).