Les commissaires s’en iront, un par un… Un remaniement en vue?

(B2)Cela a commencé par une rumeur, un peu inexacte mais pas totalement inexacte… Comme toutes les rumeurs. Plusieurs commissaires ont décidé de plier bagage avant la fin de leur mandat, préférant trouver un autre poste. Apparemment José-Manuel Barroso n’attire plus trop au point que ses commissaires prennent la poudre d’escampette, qui pour rentrer au pays, qui pour aller à Strasbourg.

La première partante devrait être la commissaire au Budget, la lituanienne Dalia Grybauskaite, rappelée au pays pour cause de crise économique et d’élection présidentielle. La Lituanie a besoin d’un personnage symbolique à la tête de son Etat. Et la vaillante Dalia est très populaire au pays. Il a fallu la prier, un peu, un peu plus (elle préférait rester à Bruxelles), mais pas trop quand même, pour qu’elle se décide à franchir le pas. « Je peux et je veux utiliser mon savoir-faire, mes connaissances et mes capacités pour (…) créer une autre Lituanie, une autre société civile » a-t-elle déclarée lors de sa déclaration de candidature. Il faut dire que les sondages sont à faire pâlir plus d’un homme politique occidental ! Le dernier la crédite de 60% des voix, le suivant arrivant à peine au-dessus de 5%. Le fauteuil présidentiel lui paraît donc assuré. L’élection est prévue le 17 mai. Donc d’ici avril (le temps de la campagne), plus de commissaire au budget. Et d’un.

Ensuite le commissaire à l’Education, le Slovaque Jan Figel, après s’être un peu fait prié (pas beaucoup vraiment car étant dans l’opposition, il était de toute façon condamné à retourner au pays), a décidé de concourir pour prendre la tête de son parti, le KDH (chrétien-démocrate). Bien sûr il a démenti à plusieurs reprises ce qu’il considère comme une rumeur. Mais celle-ci revient non seulement tenace mais venant de sérieux appuis, dont le président actuel du parti. Il est, lui aussi, assez populaire dans son pays (comme quoi Bruxelles, c’est excellent pour le moral). Cela devrait faciliter les choses (même si la « scène » politique slovaque est parfois assez sportive). Il paraît cependant délicat d’être chef de l’opposition d’un pays et en même temps commissaire, ne serait-ce que pour des questions d’emploi du temps. Mais pour des questions de rigueur politique. On peut se demander quelle serait, ensuite, la valeur du serment d’indépendance passé devant la Cour de justice si l’intéressé demeurait commissaire. Et de deux.

Il y a également la commissaire à la Société de l’information, la Luxembourgeoise Viviane Reding, qui est tête de liste de son parti (chrétien-démocrate) aux élections européennes. Elle est donc sûre d’être élue. Mais l’intéressée n’a pas précisée qu’elle siégera au Parlement européen – violant là apparemment un pacte non écrit passé entre partis luxembourgeois voulant que celui qui se présente siège. C’est vrai que la morale et la politique sont souvent un couple vivant dans des lits séparés. Mais tout de même, cela me semble être un très mauvais exemple pour la Commission européenne. Au minimum, la commissaire devra se mettre en congé durant la campagne. Ensuite, rien ne dit qu’un autre Luxembourgeois ne serait pas pressenti à la tête de la Commission (la venue de Jean-Claude Juncker ? Je n’y crois pas vraiment. Mais l’Europe est un tel Monopoly qu’il faut se garder de rien). Et de trois.

Enfin, il ya la commissaire à la Politique régionale, la Polonaise Danuta Hübner, qui vient d’effectuer un demi-tour droite retentissant. Nommé par le gouvernement ex-communiste (aujourd’hui social-démocrate), proche de l’ancien président communiste, Kwasniewski, puisqu’elle fut son chef de la chancellerie, elle se présente sous les couleurs de la Plate-forme civique, le parti du Premier ministre libéral, Donald Tusk. Sacré glissement. L’intéressée se défend en disant qu’elle est avant tout une technicienne « qui a comme souci avant tout l’intérêt de son pays et son engagement européen ». Ce qui est vrai. Tout de même… (A quand Dominique de Villepin tête de liste socialiste à Paris!). Danuta devrait siéger au Parlement européen, car le siège de commissaire européen est dévolu à un autre Polonais. Et de quatre.

Il faut rajouter à cette liste, le commissaire libéral belge Louis Michel (qui n’est pas renouvelable au sein de la Commission, le poste belge étant normalement promis dans la prochaine commission à un libéral flamand).

A suivre…

 (NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).