Afghanistan: l’urgence d’étudier une porte de sortie…

(BRUXELLES2, opinion) Je ne voudrais pas épiloguer sur la stratégie suivie par les Américains et l’OTAN en Afghanistan au moment même où le ministre de la Défense français, Hervé Morin, est à Washington pour discuter (entre autres) renouvellement de l’engagement français et révision de la stratégie suivie dans le pays. Mais j’ai comme un doute. Un (très) gros doute. Car elle ne prévoit rien sur l’issue, sur la porte de sortie, le désengagement…

Renforcer les troupes à outrance, est-ce vraiment la bonne stratégie ?

Je sais bien que certains stratèges militaires expliquent qu’il faut un certain niveau de troupes pour être conséquent. Ce concept avait été théorisé par Galula – ce saint-cyrien qui a écrit en 1963 un manuel sur comment venir à bout de la contre-insurrection, repris aujourd’hui par les Américains qui en ont fait leur livre de chevet (1). Mais j’ai l’impression que le danger pour les pays européens semble tout autant venir de l’implication dans ce pays que du pays lui-même. Le principe n’étant pas de vaincre militairement mais politiquement.

Rompre le cercle vicieux

Car si les Talibans en Afghanistan sont aujourd’hui à ce niveau d’efficacité (?), peut-être est-ce aussi parce qu’ils ont bénéficié, des années durant, de l’aide et de l’assistance américaine pour lutter contre les Soviétiques. Et ce Pakistan qui paraît représenter une menace tout aussi grande, voire plus grande que l’Afghanistan lui-même, est bien celui qui a bénéficié ou détourné une partie de l’aide américaine à l’Afghanistan. Chaque nouvelle guerre dans la région, avec l’implication qui en résulte, semble amener la guerre et l’implication suivante. Peut-être serait-il temps de rompre ce cercle vicieux ?

Le doute canadien

D’une certaine façon, n’est-ce pas ce que vient de déclarer sur CNN, le Premier ministre canadien, Stephen Harper (conservateur), dont on ne peut soupçonner l’engagement dans cette zone aux cotés des Américains : « Les USA et l’OTAN sont engagés dans une guerre vaine contre l’insurrection taliban en Afghanistan. (…) Nous n’allons jamais vaincre l’insurrection. L’Afghanistan est probablement – c’est ma lecture de l’histoire de (ce pays) – en état d’insurrection perpétuelle par nature. » a-t-il ajouté. Condoleezza Rice (alors conseillère sécurité du président Bush) le disait déjà dès 2001, d’une autre façon : « Nous n’allons pas tarder à regretter que ce ne soient pas les Balkans » tellement les problèmes de l’Afghanistan et des régions avoisinantes semblent compliqués. (2)

Une stratégie de sortie en douceur serait sans doute appropriée…

… tant qu’elle est possible. La tenue d’élections présidentielles en Afghanistan pourrait en être le moment. Il sera temps ensuite de remettre le pouvoir aux Afghans eux-mêmes. Et si cela se passe mal ? me diront les Cassandres. Et bien cela se passera mal. Cyniquement, ne vaut-il mieux pas que les Afghans se déchirent entre eux, plutôt que nous soyons au milieu du gué, pris pour cible. Il sera toujours temps alors de soutenir un camp ou l’autre (comme d’ailleurs Bush l’avait prévu dans son plan initial en 2001 (2)).  Après tout, en 2011, date de la fin de l’engagement canadien, cela fera 10 ans que les Alliés seront en Afghanistan. Et on ne pourra pas dire que la menace terroriste d’Al-Qaïda ou de ses émules est éradiquée, que leur sanctuaire n’existe plus, ou que l’Afghanistan est revenu à la paix. Dix ans, c’est le temps de la précédente présence étrangère (soviétique en l’occurence) dans ce pays !

(NGV)

(1) « Contre-insurrection, théorie et pratique », David Galula (Economica)
(2) in « Bush s’en va-t-en guerre », Bob Woordward (Denoël)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).