La gestion de crises, priorité de la présidence suédoise de l’UE


(B2)La présidence suédoise devrait être active dans le domaine de la défense européenne et la gestion de crises. On commence à connaître un peu les détails des priorités. Cecilia Malmström, la ministre suédoise des Affaires européennes, en a détaillé certains aspects devant le collège suédois de Défense, il y a quelques semaines. « L’UE doit être capable d’agir » semble être le leitmotiv suédois pour sa présidence. Et nous ne pouvons que le partager. Cette approche est intéressante car elle mêle gestion civile de crises et sécurité civile (une des seules compétences nouvelles dont l’UE devrait être dotée avec le Traité de Lisbonne).

« Protéger les citoyens contre les risques majeurs est au coeur des tâches européennes ». La Ministre s’interroge et répond à une question : « Quel type de sécurité l’UE peut offrir
aujourd’hui et que pourrait-on attendre de l’Union dans le futur ? On pourrait y répondre que (cette sécurité) couvre un large éventail : des attaques de pirates sur les côtes somaliennes ou de la mission judiciaire en Irak à un système de prévention précoce pour détecter des alimentations nuisibles dans un restaurant à Stockholm ou un restaurant à Madrid. Qu’il s’agisse donc d’une attaque terroriste à Mumbaï, d’un cyclone important dans le sud de la Suède, d’une cyberattaque en Estonie ou de la crise de gaz affectant la population slovaque ou bulgare, l’UE doit être capable d’agir
». « Protéger les citoyens par la prévention et la coordination de la gestion de crise dans le cas d’un désastre est clairement, et doit être clairement, une des tâches du cœur de l’Union européenne ». La ministre fonde également beaucoup d’espoir sur le Traité de Lisbonne avec notamment le service extérieur ou la clause de solidarité. Cette clause qui signifie qu’un Etat membre «cible d’une attaque terroriste ou victime d’un désastre naturel ou d’origine humaine peut requérir une aide d’autres Etats membres, qui doivent lui fournir une assistance.»

Avoir une approche globale (et pas sectorielle) de prévention des crises. Pour la ministre suédoise, l’exemple de l’intervention en Géorgie le montre, l’UE est capable de gérer effectivement les crises plus sérieuses. Mais « les moyens avec lesquels nous gérons ces crises sont encore de type ad hoc » souligne-t-elle. « Ce que nous manquons, c’est d’une approche holistique et d’une prévisibilité. Chacun sait combien il est dangereux de travailler sur un système basé sur des solutions ad hoc, où chacun agit étroitement dans son secteur. »

Un commissaire à la gestion de crises. L’exemple des attentats de Mumbaï le montre. « Si à Bruxelles, on ne l’a pas perçu ainsi ; sur place, on l’a bien vu, la coordination a été insuffisante» entre les Etats membres, et avec l’UE. La Suède veut ainsi développer les structures de coordination de l’UE face aux risques majeurs. Dans la future Commission, la Suède défend l’idée d’un commissaire chargé de la gestion de crises. Elle entend aussi booster le centre MIC (mécanisme de coordination de sécurité civile, actuellement une petite unité de quelques personnes perdue dans la DG Environnement) en lui donnant «plus de ressources, des pouvoirs et des compétences adéquates».

La Suède armée pour gérer les crises. Pour gérer les crises possibles durant sa présidence, la Suède s’est dotée de deux structures. Une fonction de gestion de crise a été créée au cabinet du Premier ministre. Et une nouvelle agence a été créée en début d’année, le « Swedish Civil Contingencies Agency » – qui s’inspire du « Swedish Rescue Services Agency » – et aura à sa disposition des personnels prêts à partir en cas d’urgence. Cette double structure politique et opérationnelle est d’ailleurs intéressante. Et on pourrait d’ores-et-déjà y réfléchir au niveau européen. Pourquoi pas établir un centre européen ou une agence européenne de coordination Sécurité civile.

Lire le speech de C. Malmström

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).