Que peut faire l’Europe à Gaza ? Une mission EUBAM II ou EubamLex ?

(B2)La république Tchèque – qui assure la présidence ce l’UE – Javier Solana, le diplomate en chef de l’UE, mais aussi la France, la Grèce (1), la Turquie et l’Egypte (2) concoctent des plans de sortie de crise pour Gaza, après (et si) un cessez-le-feu aboutit. Tous ces plans ont une constante : d’abord une trêve (un cessez-le-feu), ensuite le déploiement d’une mission d’observation internationale aux frontières ou d’un “mécanisme” international en échange d’une réouverture limitée des frontières.

Mais ils divergent sur la fonction et le mandat dévolue à cette force : simple force d’observation du cessez-le-feu – inutile disent les Israéliens s’il s’agit de ne compter que les coups – ou
véritable force de contrôle installée dans une zone tampon internationale chargée non seulement de contrôler le passage au point de frontière officiel – rôle de la mission de l’UE “Eubam” – mais de surveiller et patrouiller tout au long de la frontière, pour la rendre étanche et complète, et éviter les incursions  par des tunnels. Un souhait également de l’Egypte qui, depuis l’arrivée du Hamas au pouvoir à Gaza, a fermé le point de frontière de Rafah, ne le rouvrant qu’épisodiquement, et ne tient pas à le rouvrir sans contreparties.

Plusieurs options sont ainsi possibles pour les Européens :

1. Réactiver la mission “Eubam”, aujourd’hui suspendue, qui avait été installée dans le cadre de l’accord de désengagement, conclu entre l’Autorité palestinienne et Israël : l’UE jouant le rôle de partie tierce chargée de contrôler, vérifier et évaluer les performances des Palestiniens dans leur gestion au quotidien du terminal du poste frontière de Rafah. Son rôle est limité mais son utilité n’est pas contestée. Le plan de réactivation est prêt. Ne manque que le feu vert politique des Etats de la région.

2. Participer ou être l’élément moteur d’une force d’observation internationale tout au long de la frontière (Eubam II) :

a – pour observer et rapporter les incidents (type la mission Eumm Georgia),

b – pour prêter assistance et formation aux forces frontières locales (comme la mission Eubam en Moldavie / Ukraine),

c – chargé d’avoir un rôle opérationnel direct, contrôle, intervention (comme la mission Eulex au Kosovo), voire arrestation (Eunavfor en Somalie).

3. Avoir une opération d’un nouveau type, alliant observation, intervention directe et renforcement de l’Etat de droit, dans deux domaines principaux, police et contrôle aux frontières, mission de type EubamLex.

Le fait que cette mission doive se faire avec des forces politiques non reconnues (le Hamas à Gaza) oblige à un certain casse-tête politique. Mais les Européens ont l’habitude de ce type de situation (cf. avec l’Ukraine face à la Transnistrie, zone soit-disant indépendante mais non reconnue par aucun Etat). Il faut noter que le Moyen-Orient – Israël-Palestine – figure parmi les zones sous surveillance par les planificateurs de l’Etat-Major de l’UE (voir les zones d’action futures).

(NGV)

(1) La ministre grecque des Affaires étrangères Dora Bakoyannis, dimanche, comme son homologue turc, Ali Babacan, lundi, ont appelé au déploiement d’observateurs internationaux. Rencontrant ce dernier, le ministre syrien des Affaires étrangères a évoqué la nécessité d’un “mécanisme” afin d’assurer une trêve.

 (2) L’Egype et la Turquie ont proposé un plan en 4 points : cessation immédiate des hostilités, retour à l’accord de trêve rompue par le Hamas, réouverture des points de passage entre la bande de Gaza et Israël et reprise du dialogue interpalestinien. Un plan qui ressemble à s’y méprendre, si on ajoute les observateurs, à celui proposé en Géorgie cet été. Le Turc Babacan y a d’ailleurs fait une référence expresse. “La communauté internationale doit se mobiliser dans cette crise comme elle s’était mobilisée au sujet de la Géorgie”.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).