Le faux-pas tchèque à propos de l’offensive israélienne…


(B2)Il ne s’agit pas d’amateurisme, ou d’un faux pas. Sur un sujet aussi clivant en Europe que les relations entre Palestiniens et Israëliens, au moment où une offensive terrestre israelienne est en cours et que les morts se comptent par centaines, quand le Premier ministre de l’Etat qui assure la présidence de l’Union européenne, par porte-parole interposé, assène que l’opération israêlienne sur Gaza est une opération “défensive” (1), il commet une sérieuse erreur. Chaque pays européen a une vision bien précise du conflit israélo-palestinien. Et la République tchèque a, en la matière, liberté d’affirmer ses options politiques (même si la réalité sur le terrain peut sembler différente). Mais le faire au nom de l’UE est une triple erreur : de principe, de stratégie, de goût.

La première erreur est de principe : porter un tel propos publiquement en tant que présidence européenne. Alors que justement les Etats membres qui se retrouvent derrière cette opinion, simpliste, sont plutôt rares. Plusieurs Etats – la Suède notamment qui prend au 2e semestre la présidence de l’UE – sont très critiques. Le minimum à attendre d’une présidence est, donc, une certaine neutralité. C’est cela la discipline d’une présidence. Et tout pays qui a la présidence sait bien qu’il doit, durant ses six mois, un peu faire taire ses propres opinions et doit défendre, avec plus de discrétion, ses propres intérêts.

La seconde erreur, plus profonde, est stratégique : affirmer cela à la veille d’une visite dans la région. Bien entendu, cela ravit Israël. Mais ce n’est pas ce genre de déclarations qui fera fléchir ou raccourcir un plan mûrement décidé et préparé depuis des mois déjà. Et cela décrédibilise toute décision ou action que la république Tchèque – ou l’Union européenne – puisse entreprendre. Or la force de l’UE dans cette crise est justement de ne pas avoir une opinion mais plusieurs : entre les pays pro-israéliens et les pro-palestiniens, toute la palette des avis se retrouve présente autour de la table des 27. C’est la capacité d’avoir une opinion multiple qui fait la force et la singularité de la politique étrangère de l’UE et non celle d’avoir une seule voix.

La troisième erreur est de goût. Prêter la responsabilité de l’acte sur une “erreur personnelle” du porte-parole – comme l’a expliqué Karel Schwarzenberg (photo), le chef de la diplomatie tchèque – est le jeu logique (2). En matière diplomatique, comme me le rapportait un porte-parole européen, “l’erreur est toujours celle du… porte-parole et non celle du responsable politique. Nous sommes là pour être un fusible“. Mais que le Ministre laisse cette charge au porte-parole (3), qu’il le désavoue du bout des lèvres est inquiétant. Pour avoir une crédibilité, dans une phase aussi délicate de négociations, s’excuser, et faire preuve d’humilité n’est pas un aveu de faiblesse, au contraire, c’est une preuve du respect des différentes opinions…

Maintenant la question fondamentale pour les Européens est de savoir quoi faire avec le Hamas. Comment procéder, en effet, quand on a décidé – embargo oblige – de ne pas discuter avec une des parties prenantes ? Il faudra bien un jour que les Européens s’y résolvent. Eux qui, de toute manière, contribuent financièrement à la survie de la bande de Gaza.

(NGV)

(1) Interrogé par l’AFP, à Prague, le porte-parole du gouvernement tchèque pour la présidence de l’Union européenne, Jiri Frantisek Potuznik, avait déclaré samedi : “En ce moment, nous comprenons que cette action fait partie de l’action défensive d’Israël, (…) nous comprenons que c’est plus défensif qu’offensif, et c’est la position du Premier ministre tchèque pour la présidence de l’UE”. Et puis il assénait “Il s’agit du franchissement de la frontière de Gaza, il n’y a pas de violence, pas de victimes, nous attendons des informations supplémentaires et nous voudrions plus de détails”.

(2) Celui-ci l’a qualifié de “très grave erreur” et d'”erreur personnelle” par le chef de la diplomatie tchèque Karel Schwarzenberg, celui-ci estimait cependant que Prague n’avait
pas à présenter d’excuses.

(3) Dimanche, le porte-parole à l’origine de l’information avait publié un communiqué intitulé “position officielle unique” (sic!) et présentant “des excuses pour le malentendu” et précisant : “Même le droit incontestable d’un État à se défendre ne légitime pas que soient entreprises des actions dont les principales victimes sont les populations.”

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).