La Suisse hésite à s’engager contre les pirates, la solution: payer…

(B2)Après un moment d’enthousiasme (voir un premier post en décembre), la réalité suisse semble avoir repris le dessus.

Des questions d’ordre général qui s’étaient déjà posées, il y a quasiment un an, quand l’opération européenne EUNAVFOR Atalanta se préparait, se posent, renforcée encore par la spécificité suisse de la neutralité : Est-il vraiment opportun d’envoyer des commandos militaires au large de la Somalie contre la piraterie ? Quel sera leur mandat ? Leurs règles d’engagement ? Et le coût financier de l’opération ? Quid de la neutralité ? etc. Résultat: beaucoup d’hésitation. Et même… une nette opposition.

Quelque difficultés politiques. La Commission de politique extérieure du Conseil national (la chambre basse du parlement suisse) a ainsi émis un vote négatif (12 voix contre 6), contre toute intervention militaire destinée à protéger la flotte suisse. C’est clair…. Du coup, le Conseil fédéral (le gouvernement) qui devait se prononcer la semaine dernière a reporté la décision à ce mercredi. Entre-temps, s’est greffée une difficulté liée proprement à la politique interne. Le nouveau ministre de la Défense est Üli Maurer, ancien chef du parti UDC, plutôt connu pour sa “réticence” aux engagements extérieurs de l’armée suisse (L’Union démocratique du Centre, populiste, se montre ardent défenseur de la Suisse traditionnelle, neutre, réticente aux  ouverte sur l’Europe et refusant l’engagement militaire hors des frontières, comme le résume cette prise de position). Certes le ministre de la défense n’est pas seul décisionnaire sur ce sujet, m’ont expliqué des confrères suisses. Il a simplement voix au chapitre. Les décisions du conseil fédéral se décident conjointement par tous les membres. Et, sur ce sujet, c’est davantage le ministère des Affaires étrangères qui est chef de file. Mais cela ne va pas faciliter la prise de décision.

Autre alternative. L’idée d’engager les commandos suisses pour protéger les navires marchands battant pavillon suisse (il y en a environ 35) s’est ainsi transformée en une mise à disposition de commandos pour protéger les bateaux du Programme alimentaire mondial (PAM), plus convenable à une certaine idée de la neutralité et de l’engagement humanitaire. Et si cet engagement limité tombait à l’eau, ressurgirait alors une autre alternative, envisagée par plusieurs responsables suisses et européens. La Suisse contribuerait financièrement à l’opération européenne. En échange d’une protection des bateaux battant croix blanche sur fond rouge. Coût de la facture pour la Suisse : entre 8 et 9 millions d’euros.

Cette contribution me parait, d’une certaine façon logique. C’est d’ailleurs une des principales originalités de l’opération EuNAVFOR Atalanta dont un des objectifs est de protéger directement les intérêts économiques et stratégiques des pays européens – comme l’ont rappelé successivement les ministres allemand et espagnol de la Défense – … et d’autres. Les forces militaires européennes assurent ainsi pour le compte d’autres pays non européens (qui battent pavillon hors de l’UE) une protection qui leur évite de devoir recourir à d’autres moyens qui ont un coût (contournement de l’Afrique, présence de davantage d’hommes à bord, immobilisation du navire et prises d’otage…), et économisent aux assurances les coûts supplémentaires. Il est normal d’avoir, en quelque sorte, un “retour sur investissement” ou à défaut un “dédommagement” des frais ainsi engagés.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).