« Défensive » une « erreur » tchèque chargée d’histoire…

(BRUXELLES2) Le propos du porte-parole de la présidence tchèque de l’Union européenne qualifiant de « défensive » l’action d’Israël sur Gaza ne tient pas tout à fait au hasard ni à la méconnaissance. Au contraire, s’il est une zone dans le monde que les responsables politiques tchèques connaissent bien, de par leur histoire récente, c’est bien le Proche-Orient. La coopération militaire a toujours été aux avants-postes dans la région, au moins lors de deux conflits israélo-arabes du siècle dernier.


C’était il y a plus de 50 ans. Les Tchèques prêtent main forte à la Haganah

Retour en arrière… Juste après la seconde guerre mondiale, l’Etat d’Israël est en gestation. Et ses promoteurs recherchent des armes dans toute l’Europe. Le plus fidèle soutien pour la Haganah – littéralement « défense » en hébreu – vint alors de Prague. La Tchécoslovaquie – qui n’est pas encore sous direction communiste – accepte alors de livrer, contre espèces sonnantes et trébuchantes, « certains » équipements militaires aux « chargés de mission » de Ben Gourion qui sonnent à toutes les portes. Quand on parle de « certains équipements », ce n’est pas rien ! : 24 500 fusils, 5 000 mitrailleuses légères, 200 mitrailleuses lourdes, et 25 avions Messerschmitt. Les techniciens militaires tchécoslovaques prêtent la main, démontent les avions et les envoient en Palestine. Des bases d’entraînement, clandestines, sont même organisées pour pilotes et parachutistes (1).

Le contournement de l’embargo, en 1948

Même après la prise du pouvoir par les communistes, en février 1948, et l’embargo décrété sur les armes par l’ONU, les livraisons continuent pour le tout nouvel Etat indépendant (dont la Tchécoslovaquie sera un des premiers à reconnaître l’existence). C’est un ordre de Staline – qui entend ainsi contrer l’influence britannique au Proche-Orient : des mitrailleuses MG34 et des Messerchmitt 109 allemand ou plutôt leur dérivé tchèque, l’Avia S199, arrivent ainsi en Israel. Les avions – rebaptisés « Sakin » (couteau) – forment même l’embryon toute nouvelle armée de l’air israélienne, aux prises avec les armées arabes réunies qui veulent empêcher la naissance de l’Etat hébreu. L’Avia S199 était difficile à manier et avait une certaine propension à se crasher (2). Israël acheta aussi d’autres avions de fabrication britannique ou américaine. Mais là encore, la Tchécoslovaquie joua un rôle vendant des Supermarine Spitfire ou servant de transit pour les bombardiers américains B17 Fortress, achetés en contrebande dans les surplus américains.

Renversement d’alliance, en 1956

Lors de la crise du canal de Suez, sa nationalisation et l’intervention déclenchée par la France, le Royaume-Uni et Israël contre l’Egypte, c’est l’Egypte qui bénéficiera d’armes « tchèques » (des armes russes surtout, transitant par Prague) un armement lourd : 200 tanks parmi lesquels des T34 (supérieurs à l’époque aux chars Sherman) et près de 200 Mig et Ilyuchine. Israël bénéficiait dans le même temps d’armes « françaises » (avec l’autorisation américaine), la France livrant 24 Mystère 4 et 24 F84, puis une autre livraison d’avions de chasse 110 Mystères A et Mystères 4B, 24 Ouragan, 12 bombardiers Vautour, 100 Chars AMX, etc… (3).

(NGV)

NB: La concurrence entre les Tchèques et les Français dans la région – qu’on a vu lors des dernières visites diplomatiques sur le terrain – ne date donc pas d’hier -:)

(1) Ecoutez l’émission spéciale de la radio tchèque
(2) lire le récit de Jon Guttman dans Aviation History ou consulter le site musée de Serge Batoussov
(3) On peut lire avec profit le petit ouvrage « 1956 mémoire de Suez » de Marc Ferro (editions Complexe) ainsi que  « Descent to Suez » d’Evelyn Shuckburgh, le journal du
secrétaire particulier d’Eden (le ministre britannique des Affaires étrangères de l’époque)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

2 pensées sur “« Défensive » une « erreur » tchèque chargée d’histoire…

  • 8 janvier 2009 à 01:40
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    Pour quels motifs écrivez-vous « Israel bénéficiait à l’époque d’armes »françaises » (en fait américaines ») ?

    Rien, que ce soit dans la conception, la fabrication ou encore la décision politique de fournir des armes à Israel, ne justifie une telle assertion. Pour rappel, jusqu’au retour au pouvoir du général de Gaulle, la France a noué une alliance très étroite avec l’Etat hébreux (des pilotes français ont même participé à des opérations de combat sous uniforme israélien en 1956). A l’inverse, les Etats-Unis, soucieux de ménager le monde arabe, n’ont apporter qu’un soutien tardif (cf. d’ailleurs l’attitude américaine durant l’affaire de Suez).

    PV 

  • 9 janvier 2009 à 01:49
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    Cet article est précis. Votre phrase « La Tchécoslovaquie – qui n’était pas encore sous direction communiste – accepte alors de livrer, contre espèces sonnantes et trébuchantes, certains équipements militaires aux chargés de mission de Ben Gourion » est tres jolie, excellente. Or, La France a toujours vendu les armes pour rien, pour un sourir innocent, pour l´amour d´autrui. D´ailleurs, Vous avez quelque chose contre l´Etat d´Israel? L´Europe a survécue la présidence boursouflée de la France, L´Europe surement survivra le présidence simple de la Tchéquie.

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