Un rocker devient ministre (tchèque) des Droits de l’homme

(BRUXELLES2) En pleine présidence de l’UE, le Premier ministre tchèque, Mirek Topolanek devrait annoncer un mini- remaniement de son gouvernement. Parmi les 4 ministres nouveaux arrivants, remarquons que c’est un chanteur, connu, rockeur-électro, multirécidiviste, une sorte de « Polnareff » Tchèque, qui doit entrer au gouvernement Topolanek comme ministre des Droits de l’homme (au titre des Verts en remplacement de la ministre Džamila Stehlíková). Un homme politique engagé, très européen également. Ce qui n’est pas de trop alors que la république Tchèque préside aux destinées de l’UE.

Michael Kocab n’est pas un nouveau venu en chanson, en rock et en … politique. Fondateur du groupe rock « Prazky vyber » (Sélection pragoise) dans les années 1980, il se verra interdit de scène et de radio durant plusieurs années. A l’été 1989 (le pouvoir est encore communiste), lors d’un festival, il proclame que « chaque peuple a le gouvernement qu’il mérite« . Il fonde l’initiative « Most » (Le Pont) avec un parolier, Michal Pavlicek chargé – comme son nom l’indique – de faciliter la discussion entre l’opposition (les dissidents) et le pouvoir. Naturellement, en novembre 1989, lors de la révolution de velours, il fait partie des négociateurs du Forum civique avec Vaclav Havel, en 1989. Elu député fédéral, il a également présidé la commission parlementaire chargée d’organiser le départ complet et définitif des troupes soviétiques de la jeune Tchécoslovaquie démocratique et a été un des conseillers « externes » de Vaclav Havel lorsqu’il était président de la république. Opposé à la scission de la Tchécoslovaquie, du moins dans les conditions où elle a été réalisée – par le Tchèque Klaus et le Slovaque Meciar – il revient à la musique, plus electro et moderne (voir son site MySpace)

Mike Jager et Michael Kocab (au milieu : Karel Schwartzenberg, actuel ministre des Affaires étrangères)

Il remet à sa place V. Klaus, drapeau européen en main

En 2005, il s’était distingué en venant provoquer le président Vaclav Klaus, drapeau européen à la main, devant le château (la résidence du président de la République) lui demandant d’arborer le drapeau européen. Son propos cité par Radio Prague est toujours actuel. « Il n’aurait pas tant besoin d’être mis en place si Vaclav Klaus n’exprimait pas aussi souvent ses positions eurosceptiques et ne mettait pas notre pays dans une situation de fauteur de troubles. » Et de poursuivre : « Pour l’heure, il semblerait que le rôle que s’est attribué le président, de mettre en péril de manière permanente les bases de l’UE, lui réussisse, il semblerait que les gens aient cessé d’y faire attention et qu’ils partent du principe que, comme il s’agit du chef de l’Etat, cela ne pose pas de problème. Moi je dirais au contraire qu’il est le représentant de l’Etat, et que si en tant qu’ancien président et père spirituel de l’ODS, il a le droit d’avoir une opinion totalement opposée, en tant que président de la République, il a le devoir de respecter les résultats d’un référendum qui dit clairement que nous sommes des membres à part entière et égaux en droits de l’UE. Nous n’allons quand même pas cacher le drapeau de l’UE, en donnant ce type de justification incroyable que j’ai pu entendre – et je ne dis pas que Vaclav Klaus lui-même l’ait dit – qu’installer ce drapeau, ce serait comme si les drapeaux tchèque et soviétique étaient côte à côte ! »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Ecoutez : S cizí ženou v cizím pokoji
(littéralement « avec une femme étrangère dans l’autre pièce » – à prendre au premier ou au second degré…) – 1989

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).