Les Tchèques renoncent au pool d’avions C-17 de l’Otan. Trop cher !…

(BRUXELLES2) La République tchèque ne participera pas à l’achat commun de trois avions C-17 Globemaster par certains des pays de l’Alliance atlantique. Le ministère de la Défense a pris sa décision après de longues discussions. La semaine prochaine, le ministre de la Défense Vlasta Parkanová devrait le confirmer officiellement, en soumettant ce rapport au conseil des Ministres du pays. Celui-ci mentionne que le pays n’a que très partiellement besoin d’avions de transport stratégiques et que ce programme lui couterait trop cher. Déjà en octobre, un porte-parole du ministère m’avait confié le peu d’enthousiasme de l’armée tchèque envers cette participation, qu’elle estimait trop chère (surtout en entretien) par rapport à d’autres matériels…

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Coup dur

C’est le quatrième pays à avoir ainsi renoncé – ou repoussé – toute décision de participation au projet pour des raisons financières.  Le Danemark, dont ne peut pas soupçonner non plus (comme la république Tchèque) l’enthousiasme euro-atlantique, s’était retiré en septembre 2007. L’Italie et la Lettonie temporisent. Ce projet est né en juillet 2006 quand les Etats-Unis ont convaincu leurs alliés d’acheter en commun trois ou quatre avions C17 Globemaster III.  La lettre d’intention (LOI) lançant les négociations d’achat a été publiée le 12 septembre 2006 et les structures de gestion – NATO Airlift Management Organization (NAMO) et NATO Airlift Management Agency (NAMA) – mises en place le 19 juin 2007.

Le coût est variable selon les pays

Chaque Etat participe aux frais d’achat et de maintenance à hauteur du nombre d’heures dont il disposera. Par exemple, la Lituanie finance le programme pour 3 millions de Litas, soit environ 870 000 euros, pour 45 heures par an), les Pays-Bas entre 10 à 15 millions d’euros pour environ 500 heures de vol par an.

Douze pays ont signé, le 9 octobre 2008, à Budapest, un accord (Memorandum of Understanding) autorisant l’achat et l’exploitation en partage de trois avions gros porteurs, Boeing C-17. Mis à part la Norvège et les Etats-Unis, la plupart des Etats participants sont membres de l’UE (Bulgarie, Estonie, Finlande, Hongrie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Slovénie, Suède).

Basés en Hongrie

Les trois avions Boeing C-17 – un quadriréacteur capable de transporter près de 80 tonnes de matériel – devraient être basés sur la base aérienne de Papa (Hongrie). Ils seront certifiés et enregistrés dans ce pays d’accueil. Le premier appareil doit arriver au printemps 2009, le deuxième et le troisième sont attendus pour l’été 2009 (soit plus d’un d’un an après la date prévue au départ). Ces avions auront la même configuration et le même équipement que ceux qui équipent déjà l’Us Air Force et les autres nations équipées de C-17 (Australie, Canada et Royaume-Uni). Ce qui facilitera d’autant leur interopérabilité.

Un commandement aérien a été créé, dirigé par un officier américain, assisté d’un adjoint suédois, pour gérer la flotte. Les avions seront servis par un équipage international, désigné par les Etats participants. Ils pourront effectuer les missions qui leurs seront attribuées par les Etats participants : opérations de l’Otan ou de l’UE, missions de paix de l’Onu ou d’autres missions (humanitaires ou de secours de catastrophe par exemple).

Utilisable pour l’Otan comme pour l’UE ou des missons nationales

Comme l’a rappelé, lors de la conclusion de l’accord, Barbara Victoria Nuland, ambassadrice US à l’Otan, les C-17 « pourront servir non seulement pour les missions de l’Otan mais aussi pour celles de l’UE ou les missions nationales ». L’objectif est de réduire le déficit chronique en moyens militaires aériens des alliés occidentaux et, accessoirement, de fournir un contrat à la firme américaine Boeing.

Projet « complémentaire » à l’UE

Ce projet vient en prolongement du contrat « Salis » de partage entre pays européens d’avions transporteurs civils Antonov-124 loués à la compagnie ukrainienne Volga-Dnepr, qui arrive à terme en 2010. Il s’inscrit en complément – ou en concurrence – du projet de l’UE de flotte commune, centrée autour des futurs Airbus A400M.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

3 pensées sur “Les Tchèques renoncent au pool d’avions C-17 de l’Otan. Trop cher !…

  • 16 décembre 2008 à 02:10
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    Comment la Suède, hors OTAN, s’arrange dans cette organisme OTANien ?

  • 4 janvier 2009 à 02:28
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    Quatre pays se sont retirés car le C-17, d’une capacité de plus ou moins 75 tonnes, coûte au delà de $40,000 l’heure à exploiter.  En contraste, SALIS permet de louer des An-124 d’une capacité de 120 ou 150 tonnes, selon le modèle, pour moins de $25,000 de l’heure.
    Il existe aussi sur le marché civil une quantité de Ilyushin IL-76 d’une capacité de 40 à 50 tonnes, qui se louent en dessous de $15,000 l’heure.
    Quel est dont l’avantage pour ces petits pays à s’engager à exploiter des C-17 aussi couteux, si ce n’est pour faire plaisir à l’Oncle Sam?

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