Ban Ki Moon donne la feuille de route pour Eufor Goma: la lettre!


(B2)C’est par une lettre officielle de 3 pages (télécharger ici), dûment argumentée, que Ban Ki Moon, le secrétaire de l’ONU, a demandé, très officiellement, l’intervention de l’UE. Certains diplomates européens, soucieux de dégonfler la demande, m’avaient suggéré qu’il n’y avait pas grand chose dans cette lettre. Elle mérite d’être lue. Après des contacts informels avec les Français, et surtout les Belges, qui n’ont pas produit leur effet (voir « mission intérimaire échec et mat ? ») et après une conversation avec Louis Michel (le commissaire européen au développement), Ban Ki Moon prend sa plume – où on peut détecter quelque énervement devant l’atermoiement constant des Européens – pour dresser (à leur place ?), une vraie feuille de route de la mission qu’on pourrait intituler « Eufor Goma »…

Que dit-il ? :

1) La MONUC a entrepris une reconfiguration de ses forces pour augmenter sa présence à Goma et dans des cités clés du Nord Kivu.

2) Les renforts autorisés par la résolution 1843 mettront 4 mois à être déployés

3) Après la totale désintégration de l’armée nationale congolaise, la Monuc reste la seule force organisée dans la région

4) L’UE doit intervenir : « A ce stade, je suis persuadé que le déploiement immédiat d’une force multinationale (MNF), conduite par l’UE ou par des Etats membres de l’UE, pourrait fournir le complément nécessaire aux efforts de la MONUC »

5) Et de préciser : « cette force multinationale pourrait se concentrer sur deux objectifs : la sécurisation de la fourniture des besoins humanitaires au Nord Kivu, où 250 000 personnes ont été déplacées depuis le conflit de fin août, et protéger les civils menacés dans la province ».

6) cette force opérerait « sous le chapitre 7 » (de la charte de l’ONU – donc avec possibilité d’usage de la contrainte) et constituerait « de facto une réserve mobile pour renforcer la MONUC quand nécessaire ».

7) le modèle de « déploiement serait l’opération Eufor Artemis », avec un « déploiement initial de 4 mois, sous commandement européen ».

8) Cette force aurait comme « tâches spécifiques de protéger l’aéroport de Goma et les autres installations stratégiques de communication et du Gouvernement de la ville, de sécuriser les autres centres majeurs de population du Nord Kivu et de sécuriser les axes clés et routes de desserte autour de Goma. La mission intérimaire devrait avoir ses propres moyens aériens et capacité de renseignement et être capables d’intervenir simultanément dans plusieurs villes pour des actions de nature principalement humanitaire et défensive ».

En conclusion, le secrétaire général de l’ONU appelle l’UE à engager des « consultations détaillées » avec le département des opérations de maintien de la paix de l’ONU (DPKO). Et, au-delà de l’impact immédiat sur les vies des plus vulnérables du peuple congolais », un déploiement rapide constituerait un message politique aux deux parties au conflit que la communauté internationale est déterminée à ne pas laisser une complète détérioration à l’est du Congo »… On ne peut être plus clair

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).